|
[15]
Alvaro PIRES
Criminologue, École de criminologie, Université d’Ottawa
“La méthode qualitative
en Amérique du Nord :
un débat manqué (1918-1960)”.
In revue Sociologie et sociétés, vol. 14, no 1, avril 1982, pp. 15-29. Numéro intitulé : “La sociologie : une question de méthode ?”.
Introduction [15]
-
- « ÉTUDE DE CAS VS ANALYSE STATISTIQUE » : D'UN MONOLOGUE À L'AUTRE (1910-1940) [17]
- A) LE (SOUS-) DÉVELOPPEMENT DE LA MÉTHODE QUALITATIVE (1910-1945) [22]
- B) LA « CRISE POLITIQUE » DE CHICAGO ET LES RÉPERCUSSIONS SUR LE PLAN THÉORIQUE (1935-1950) [23]
- C) CHICAGO : MÉTHODE INUTILE ET PROBLÉMATIQUE DÉPASSÉE (1930-1940) [24]
- EN GUISE DE CONCLUSION : LE RETOUR DE LA MÉTHODE QUALITATIVE [26]
-
- Bibliographie [28]
-
- Résumé / Summary / Resumen [29]
Introduction

Aujourd'hui le sociologue perçoit des indices évidents d'un changement au niveau du travail méthodologique et de la pratique de la recherche en général. Ce renouveau se manifeste par l'éclatement de l'enquête quantitative (survey research), la conséquente diversification de procédures de cueillette (et de types) de données et, enfin, par une mise en cause progressive de l'opérationnalisme classique, où la mesure est devenue la forme de définition par excellence [1].
Cet éclatement semble être à la fois l'expression et la condition d'un mouvement à deux composantes. Celles-ci se développent présentement de manière quasi-parallèle : d'une part, on assiste à une reprise d'intérêt pour la méthodologie qualitative [2] ; de l'autre, la méthodologie quantitative entreprend des remaniements internes importants [3], rehaussant le rôle de la théorie substantive et ouvrant la voie à l'emploi diversifié de méthodes.
[16]
Ce mouvement ne s'opère donc pas dans un seul sens, comme certains observateurs sont enclins à le voir, probablement en raison de leur propre choix méthodologique [4]. C'est dire qu'il n'annonce pas d'ores et déjà la substitution d'une approche méthodologique par une autre, ni la confirmation définitive d'un monopole quelconque dans la pratique de la recherche et dans le travail méthodologique. Au contraire, nous semblons rentrer plutôt dans une ère pluraliste au niveau de la méthode, fournissant des conditions plus détendues pour un débat collectif sur cette question. Cependant, le dialogue entre chercheurs travaillant avec chacune de ces méthodologies n'est pas encore à proprement parler entamé. À dire vrai, et nous pourrons le constater, il ne l’a jamais été.
D'ailleurs, par le biais d'une analyse historique des événements conduisant à l'abandon de la méthode qualitative, ce texte entend, entre autres, contribuer que ce soit indirectement à offrir des bases différentes au débat méthodologique actuel. En effet, nous croyons que ce regard historique peut nous aider à prévenir la répétition de certaines erreurs commises dans le passé.
Bien entendu, la compréhension de ce processus nous permet du même coup de réfléchir sur une série de questions épistémologiques ou touchant à la sociologie de la connaissance. Entre autres choses, il ressortira de l'analyse la question de l'autonomie relative des techniques de cueillette de données et des types de méthodologie {quantitative et qualitative) par rapport aux différents encadrements théoriques et épistémologiques. Il semble que les monopoles des méthodes de recherche par une « école de pensée » soient avant tout un phénomène d'ordre conjoncturel et politique. Ou encore, les types de méthodes et les sources de données apparaissent plus flexibles aux niveaux épistémologique et théorique qu'on ne le reconnaît parfois.
La question centrale à laquelle nous essayerons de répondre concerne toutefois les causes de l'abandon de cette méthode dans la sociologie nord-américaine. En réalité, nombre de remarques et d'allusions sur ces « causes » ont déjà été faites. Elles semblent intriguer beaucoup le chercheur qualitatif. Cependant, à notre connaissance, aucune étude n'a porté directement sur ce problème. Ceci signifie que ces remarques bien que souvent intéressantes à titre d'hypothèses de départ [5] restent nécessairement trop vagues pour comprendre la spécificité de ce processus.
Bien entendu, nous avons éprouvé ici les difficultés soulevées par une démarche qui exige l'articulation de différents niveaux d'analyse. Ce cheminement est d'autant plus difficile et tâtonnant qu'il est également l'expression de nos propres incertitudes et lacunes. Cependant, dans la mesure du possible, nous avons essayé d'éviter comme le recommande Sartre [6] la tentation de réduire le travail de reconstruction historique d'un problème à une simple cérémonie, où les particularités seraient, en partant, sacrifiées au nom d'une grille d'analyse qui n'aurait besoin de la recherche que pour raconter ce qui s'est passé.
[17]
« ÉTUDE DE CAS VS ANALYSE STATISTIQUE » :
D'UN MONOLOGUE À L'AUTRE (1910-1940)

En 1930 à Chicago, l’éminent empiriciste, Samuel Stouffer, concluait sa thèse doctorale portant sur An Experimental Comparison of Statistical and Case History Methods of Attitude Research 7. Cette [7]étude a semblé marquer une époque, soit celle du déclin progressif de l'approche qualitative, et presque simultanément, de la fin de la « période de gloire [8] » de l'École de Chicago dans le scénario sociologique nord-américain.
Stouffer [9] prétendait alors démontrer que les deux approches (quantitative et qualitative) pouvaient arriver rigoureusement aux mêmes résultats, mais la méthode statistique s'appliquait plus rapidement et plus facilement [10].
Par cette argumentation, il accordait une double victoire à l'approche statistique, puisque non seulement cette dernière s'avérait plus expéditive et permettait de traiter un nombre plus substantiel de cas, mais encore elle échappait aux limites que lui avait déjà attribuées le chercheur qualitatif. Car, à en croire Stouffer, les statistiques pouvaient saisir essentiellement le même contenu.
Bien que pour pouvoir conclure de la sorte, Stouffer ait dû restreindre le sens de la notion d'attitude telle qu'employée dans les études qualitatives de W. I. Thomas et de l'École de Chicago [11], il n'en demeure pas moins que suite à cette thèse [12], les études de cas seront progressivement envisagées, « dans la meilleure des hypothèses, comme une étude heuristique préscientifique et non plus comme une forme de connaissance valide en elle-même, telles que considérées auparavant à Chicago [13] ».
Jusque là, l'approche qualitative était conçue comme une méthode autonome, susceptible d'être jugée et évaluée dans ses propres termes au même titre que l'approche statistique. Qui plus est, les données qualitatives ne nécessitaient l'aval d'aucune démarche quantitative pour assurer leur crédibilité scientifique.
Thomas et Znaniecki, reconnus comme des pionniers de la recherche empirique qualitative en sociologie [14], avaient même déjà considéré des données qualitatives [18] obtenues par les histoires de vie [15] comme « le genre de matériel sociologique parfait [16] » et comme celles qui permettaient « l'approche la plus précise [17] ».
Selon eux, on ne s'adonnait pas à la recherche qualitative faute de pouvoir quantifier, mais plutôt l'inverse. Si les sciences sociales avaient recours à d'autres matériaux, c'était uniquement en raison de la difficulté pratique d'obtenir en ce moment un nombre de comptes rendus suffisant à couvrir l'ensemble des problèmes sociologiques, étant donnée la quantité de travail requise pour une analyse adéquate du matériel qualitatif [18]. Renoncer aux récits des individus qui ont vécu une certaine expérience, « c'est un défaut et non un avantage de l'état actuel de notre méthodologie sociologique [19] ». Hélas, cette forme de recherche florissante va bientôt péricliter.
En effet, entre la moitié des années 30 et la fin de cette décennie, elle sera reléguée à un rôle secondaire dans l'activité scientifique du sociologue et deviendra alors un expédient méthodologique à la remorque des statistiques [20]. Les décennies qui suivront n'iront que confirmer et achever la défaite subie [21].
Bien entendu, on ne saurait dire que Stouffer a inauguré l'opposition entre la « sociologie anthropologique » ou « culturaliste », adepte de l'étude de cas, et la « sociologie positiviste », partisane des statistiques.
En effet, ce débat n'était pas nouveau dans le scénario sociologique nord-américain. Dans le tournant du siècle (entre 1890 et 1910), les données statistiques et les enquêtes (survey) commençaient à investir le champ sociologique [22]. La question du « sens » ou du « non sens » des statistiques en sciences sociales sera aussitôt évoquée.
Qui plus est, au cours de la deuxième moitié des années 20, les positivistes [23] à l'instar de Lundberg [24] se prononçaient de plus en plus sur la place que l'approche [19] qualitative devait théoriquement occuper dans la recherche scientifique. En somme, on disait déjà que les données qualitatives ne pouvaient acquérir de valeur scientifique qu'après un traitement quantitatif qui viendrait s'emparer du matériel et exploiter sa richesse éparpillée. La généralisation à partir du qualitatif est d'ores et déjà vue, par certains [25] comme une aberration et une source privilégiée de prénotions (« biais, préjudices », etc.)
Dorénavant, la polarisation sera croissante : certains sociologues soutiendront que la sociologie ne devient scientifique que lorsqu'elle fait usage des techniques statistiques ; d'autres vont contre-argumenter que la grande majorité des données et des questions sociologiques ne se prêtent pas à un traitement statistique [26]. Indubitablement, lorsque Stouffer présente sa thèse, la méthode statistique avait déjà gagné du terrain.
Il faut aussi ajouter que l'importance des statistiques avait déjà été rehaussée à l'intérieur même de l'École de Chicago. En effet, en 1927, William Ogburn qui était un représentant de l’avant-garde statistique en sociologie [27], sera engagé comme professeur à Chicago. Jusqu'à cette époque, selon Faris [28], l'utilité des statistiques n'était pas très reconnue auprès des étudiant(e)s gradué(e)s. Ogburn venait de l'Université de Columbia, la plus grande rivale de Chicago à ce moment. À Columbia, il avait fait partie du curieux « F.H.G. Club », composé d'étudiants de Franklin H. Giddings, qui se caractérisait par son esprit anti-Chicago et par une préférence marquée pour les statistiques en opposition aux « études de cas ». À tel point qu'à la nouvelle de son engagement à Chicago, tout le monde comme disait Wiley [29] s'accordait pour dire qu'il s'agissait d'un bon coup, même « si ce n'était pas évident tout de suite qui de Chicago ou Columbia l'avait réussi ». C'est Ogburn qui dirigera la thèse du jeune Stouffer et qui essaie, en premier, de faire une véritable place aux statistiques à Chicago.
Mais Chicago sera assiégée dans un autre sens, beaucoup plus fondamental, à notre avis. En effet, à quelques exceptions près [30], les partisans de l'approche qualitative, sont tombés dans une sorte de piège « idéologique » et « sémantique » : d'une part, ils vont intérioriser dans une certaine mesure les remarques positivistes sur la fonction, l'utilité et les potentialités de l'étude de cas. D'autre part, ils se laisseront prendre par un glissement subtil de sens que les positivistes introduiront dans l'acception du terme « exploratoire ». Le chercheur qualitatif croyait faire une « recherche en soi », et on lui découvre que son travail est pré-statistique, utile pour donner des idées et non généralisable. Écrasé par l'« évidence » qu'on lui présente, il plaide coupable.
[20]
En effet, comment refuser le sens et les à-côtés de la notion positiviste d'exploratoire, tout en reconnaissant faire (parfois) de la recherche qu'il qualifierait volontiers lui-même de la sorte ? C'est le cas lorsque le chercheur qualitatif produit une étude où il veut rester le plus ouvert possible à la réalité empirique, évitant entre autres en raison de l'état de nos connaissances sur un sujet spécifique une structuration prématurée portant exclusivement sur certains aspects (a priori) de cette réalité. Bien sûr, après cette étude plus globale, l'encadrement quantitatif pourrait être bien-venu [31], mais uniquement pour compléter, approfondir ou corriger la connaissance de certains aspects et non pas pour « valider » la partie quantifîable de la recherche et reléguer dans l'ombre celle qui échappe à cette forme d'analyse. En utilisant le terme exploratoire, il voulait aussi dire qu'il faut parfois emprunter de nouvelles voies pour aborder un problème donné [32]. Un encadrement trop strict, opéré au nom d'un besoin « scientifique », débouche parfois sur une simplification abusive de la réalité et élimine systématiquement de la sphère d'investigation les aspects les moins congéniaux de la réalité [33] (surtout ceux qui mettraient en cause les prénotions du chercheur).
Pour les positivistes la question se pose autrement. « As-tu fait de la recherche exploratoire ? Tu as, d'ailleurs, avoué toi-même [...] Que tes résultats soient alors provisoires, tes généralisations, des hypothèses, tes analyses » des idées, quoi de plus évident ? »
Écrasé par le sophisme, son argumentation prendra l'allure de simples « circonstances atténuantes ». Comme dans un procès pénal, plaidant coupable sur le geste, l'accusé plaide coupable sur le sens qu'on veut bien octroyer à son geste. Or la logique du juge n'est pas celle de l'accusé. Et rien de plus terrible que d'avoir à se défendre en restant dans la logique de celui qui mène le procès. Souvent on finira par « assimiler » ou intérioriser de manière plus ou moins contradictoire la signification positiviste du terme « exploratoire ». En paraphrasant Sartre [34], on peut dire que ce terme deviendra alors pour le chercheur qualitatif « un mot vertigineux »...
Les exemples qui suivent illustrent cette « intériorisation » des valeurs positivistes [35]. Clifford R. Shaw, partisan indubitable de l'étude de cas, se place au moment même où il plaide en sa faveur dans une situation pour le moins contradictoire. Nous avons eu l'impression qu'en voulant la faire accepter par les positivistes, il succomba à leur logique. Shaw soutiendra la valeur de l'étude de cas en disant qu'elle sert à formuler des hypothèses ; qu'après coup celles-ci pourront être traitées statistiquement ; que l'analyse statistique nous révélera si ces hypothèses doivent être rejetées ou conservées ; qu'elle déterminera des corrélations plus précises et écartera des conclusions prématurées ou axées sur des cas exceptionnels, etc.. [36] Sans aucun doute on vient de se livrer à l'adversaire et ce, dans une argumentation moins fausse que dangereusement lacunaire : l'ennemi s'y est déjà installé. On a réussit à mettre dans la bouche des chercheurs qualitatifs ce qu'on voulait entendre d'eux [37].
[21]
Dans un travail collectif, Stouffer, positiviste, et Ruth Cavan, criminologue reconnue de l'École de Chicago et partisane de l'étude de cas, donnent ensemble un traitement statistique à un matériel qualitatif. Jusque-là aucun problème puisque cette voie n'est pas en principe interdite ni criticable en elle-même. Cependant, la présentation des deux méthodes à l'intérieur de l'article et la justification apportée à la démarche laisse l'impression que le quantitatif sert moins à véhiculer un autre type d'information qu'à démontrer comment on peut rehausser la valeur du qualitatif. Et Cavan apparaît (malgré elle ?) complice de l'impression globale qui ressort du texte [38].
Tout est construit de telle manière que dans les années 30, P« ajout » positiviste paraît normal à tous, y compris au chercheur qualitatif : après une « exploration qualitative », il faut une « recherche quantitative », l'inverse n'étant que rarement nécessaire (lorsque l'interprétation des rapports entre deux variables soulève des doutes) et, en tout état de cause, seulement pour préciser, mais jamais pour « valider ».
D'autre part, pour les positivistes, la « recherche exploratoire » prendra bientôt un double statut, selon l'usager : eux-mêmes ou « les autres ». Lorsque l'usager est un positiviste, l'étiquette présente une double utilité. D'abord, elle peut justifier davantage la qualité du produit qui suivra. Dans ce sens on pourra rassurer le lecteur réticent que les chiffres avancés ont été, en plus, précédés d'un « (pré-) test qualitatif » appuyant les conclusions du chercheur et démontrant le bien fondé de la démarche. Ensuite, le terme exploratoire peut servir d'excuse à la publication d'un mauvais travail quantitatif ou d'un exercice méthodologique qui a mal tourné.
Lorsque l'usager est quelqu'un d'autre, le terme « recherche exploratoire » prend invariablement l'allure d'une insulte, dune malédiction, car elle ne sert au fond qu'à donner des idées de recherche (hunches, insights, clues, etc.)
Dans son prestigieux Foundations of Sociology (1939) [39], Lundberg intitulait une petite section de son ouvrage référant aux méthodes qualitatives « Understanding, insights and Other Mystical Methods » ; et Stouffer [40] regrettait qu'une grande partie des sciences sociales soit une sorte de « journalisme obscur et ennuyeux [41] ».
Certes, il faut faire attention ici à l'emploi du terme « positiviste » puisque l'expression « recherche exploratoire » devient une « malédiction ontologique » (Sartre). En paraphrasant Jouhandeau, criminel et maudit comme Saint Genet [42], on peut dire en effet que l'insulte est perpétuelle et n'est pas seulement dans la bouche des positivistes mais également sur les lèvres d'autant de sociologues qui, tout en s'écartant des premiers à maints égards, n'en finissent pas moins par assimiler leur échelle de valeurs sur le plan de la recherche empirique.
Le plus étonnant c'est qu'au début des années 30, même si les valeurs positivistes étaient déjà en partie intériorisées et certains défenseurs de l'approche qualitative plus [22] ou moins adroits, quelques arguments pouvant modifier la situation avaient déjà été évoqués.
En effet, dans une table ronde organisée par l’American Sociological Society sur l'étude de cas, nous trouvons les vestiges de ce qui semble avoir été un excellent effort pour apprécier les deux types de méthodes (étude de cas et statistiques) à leur juste valeur et leurs propres limites [43]. Entre autres choses, on rappelle que les deux techniques ne sont pas incompatibles et qu'elles peuvent être intégrées dans un même projet. On remarque même qu'une recherche statistique préalable peut guider le chercheur dans le choix de cas méritant un examen (qualitatif) en profondeur ; que cette forme de recherche appliquée à des situations précises, à des personnes, groupes ou institutions considérés comme un tout complexe, permet l'identification de types et l'étude des aspects dynamiques. Les travaux de Cooley réunissent aussi un certain nombre d'arguments visant la valorisation de la recherche qualitative, sans pour autant condamner par principe les efforts de quantification en sciences sociales :
Dans ce qu'il prescrit, l'idéal quantitatif Mesurez tout ce que vous pouvez est admirable ; dans ce qu'il proscrit Ne touchez à rien que vous ne puissiez mesurer je le considère une entrave [44].
Qui plus est, même les résultats de la thèse de Stouffer pourraient être (et ont été) interprétés favorablement à l'étude de cas [45]. À en croire ses conclusions, il avait démontré du même coup que cette méthode était loin d'être aussi subjective et maladroite que Ton soutenait. En effet, selon lui la comparaison entre les deux méthodes indiquait qu'elles aboutissaient sensiblement aux mêmes résultats ; en conséquence, on pouvait difficilement mettre en doute la crédibilité scientifique de la méthode qualitative sans compromettre du même coup l'analyse statistique. Ensuite » Stouffer prétendait également avoir démontré que lorsque différents spécialistes qualitatifs étaient confrontés au même matériel de base, ils aboutissaient à des interprétations substantiellement homogènes, contrairement à ce que les partisans des statistiques, y compris lui-même, vont laisser entendre par la suite.
Mais l'essentiel est qu'un véritable débat n'a jamais été entamé. Comme beaucoup de recherches réalisées à cette époque dans le but de trouver « la méthode des méthodes », celle de Stouffer ne servait indirectement qu'à dénoncer malgré elle l'illusion positiviste selon laquelle on peut trancher des questions épistémologiques par le biais exclusif de la recherche empirique.
- A) LE (SOUS-) DÉVELOPPEMENT
DE LA MÉTHODE QUALITATIVE (1910-1945)

Force est de reconnaître que dans cette première période, le chercheur qualitatif se préoccupait davantage de faire de la recherche que de réfléchir en profondeur sur les problèmes méthodologiques. Le résultat est que les arguments et « insights » se trouvent éparpillés voire même perdus dans les différents ouvrages. On a l'impression qu'il faut un authentique travail de filature pour les retracer à l'intérieur des recherches.
À ceci s'ajoute, bien entendu, l'absence de « manuels » de méthodologie qualitative. L'ouvrage de Dollard [46] qui s'approche davantage d'une revue de littérature, ne remplit pas cette fonction. L'étude tardive d'Allport [47] concerne surtout la psychologie.
[23]
Bien que quelques tentatives théoriques de réponse à la question de la généralisation (et de l'échantillon) dans l'étude de cas aient déjà été amorcées [48], ce problème restera encore longtemps le « talon d'Achille » de cette méthode. Et ceci n'est pas à prendre à la légère, car les partisans des statistiques, ne cherchant que plaies et bosses, y venaient justement remuer le couteau.
Ce sous-développement au niveau de la justification théorico-méthodologique se compensait peut-être par la richesse empirique de quelques études (vues, bien entendu, dans leur contexte propre) et par la difficulté des positivistes de répondre, à leur tour, aux objections formulées. De toutes façons, d'autres facteurs sont venus s'ajouter pour achever la victoire positiviste.
- B) LA « CRISE POLITIQUE » DE CHICAGO
ET LES RÉPERCUSSIONS SUR LE PLAN THÉORIQUE
(1935-1950)

En 1935, l'hégémonie de l'École de Chicago, support de l'étude de cas, est publiquement ébranlée lors d'une crise à la réunion annuelle de l’American Sociological Society. Son allure est visiblement anti-Chicago, et on y proteste contre le contrôle politique et idéologique exercé par l'École de Chicago sur l’American Journal of Sociology, le plus important périodique de l'époque, et sur l’American Sociological Society, elle-même [49]. Comme conséquence de cette réaction paraîtra, l'année suivante, l’American Sociological Review.
Or, la méthodologie qualitative était à l'époque fortement colorée par les positions épistémologiques et théoriques de l'École de Chicago. Concrètement cela signifiait qu'un désaccord sur ces deux derniers plans marqué en plus par un désaccord ou mécontentement politique glissait souvent vers un rejet peu nuancé de la méthode en tant que technique de recherche. Cela résultera en une succession d'anathèmes réciproques : Chicago est resté enfermée dans une sorte de dogmatisme théorique et épistémologique qui l'empêchait d'évoluer et la transformait grâce au dogmatisme des autres, en défenseur unique de l'étude de cas.
En effet, suite à la crise dans l’American Sociological Society, l'un des thèmes vedette à l'intérieur de l’American Sociological Review entre 1936 et 1940 sera le débat sur l'opérationnalisme. Ce « nouveau paradigme » essayait de prendre la place de celui de Chicago [50]. Au niveau des techniques/de recherche, ce débat s'exprimera par l'opposition « étude de cas vs analyse statistique ». Bien entendu, il dépassait de loin la simple question des deux méthodes, puisque sa position foncièrement antithéorique assaillait du même coup l'Establishment sociologique.
Dès lors, les critiques qui seront adressées en retour aux fondements épistémologiques de l’opérationnalisme ne contribueront pas nécessairement à revaloriser l'approche qualitative. L'opérationnalisme pousse tellement loin le rôle attribué aux statistiques qu'il prête le flanc à une critique visant tout simplement le « redressement » de l'usage [24] de ces mêmes statistiques, en vue de réintroduire la théorie substantive et la macroanalyse. On revient alors, sur le plan des techniques de recherche, à une sorte de positivisme assoupli.
La « méthode de Chicago » était donc à la fois la cible de l'opérationnalisme et de ceux qui tout en supposant à celui-ci rejetaient dans le même mouvement rapproche qualitative en sociologie [51].
Or, de la même manière que la critique de l'opérationnalisme a distingué l'épistémologie opérationnaliste de l'usage des statistiques en tant que tel, il aurait fallu séparer dans une certaine mesure l’épistémologie de Chicago de l'usage des techniques qualitatives. C'est cette opération que les dogmatismes réciproques et les rivalités politiques ont rendu difficile.
Il nous paraît, cependant, qu'il était plus facile de distinguer, d'un côté, l'opérationnalisme de l'usage assoupli des statistiques que de dissocier, de l'autre côté, l'étude de cas de l'École de Chicago. L'opérationnalisme n'a jamais été la seule approche épistémologique faisant usage des statistiques, ce qui était largement le cas pour Chicago (en tant que position épistémologique et théorique), par rapport à la méthode qualitative.
Mais la possibilité de cette dissociation existait, grâce à la présence d'une tradition de recherche empirique très importante sur laquelle Rocher [52] attire l'attention : celle des grandes monographies, qui se développe notamment entre les deux guerres [53]. En ce qui nous concerne, elle avait une caractéristique capitale : la combinaison du qualitatif avec le quantitatif. Les auteurs font d'habitude une longue observation sur le terrain, utilisent différents matériaux documentaires (journaux intimes, archives officielles, lettres, nouvelles de périodiques, etc.), font des entretiens et passent des questionnaires, font de la compilation de statistiques, etc. Qui plus est, ces monographies nous éloignent à la fois du cadre théorique et de la problématique de l'École de Chicago. Elles révèlent en quelque sorte que les structures de classe et de castes en Amérique étaient plus « rigides » que ce que l'« American dream » voudrait [54].
Curieusement, ces deux traditions l'étude de cas de Chicago et les monographies de villes américaines semblent se développer de manière relativement parallèle et autonome. Plus encore : dans le débat sur la méthodologie qualitative et l'étude de cas, les monographies ne sont pas évoquées. Nous croyons que ce rapprochement ne se fera que plus tard, lorsque W. Foote-Whyte publie une étude qui reste quelque part à mi-chemin entre la problématique de Chicago (immigrants/déviants) et la méthodologie des monographies. Mais on le rattachera davantage à Chicago qu'aux monographies. Et pour cause.
Cette situation nous fait penser que le rejet de la méthode qualitative était avant tout le rejet politique de Chicago, les dogmatismes réciproques venant cristalliser les positions.
- C) CHICAGO : MÉTHODE INUTILE ET PROBLÉMATIQUE
DÉPASSÉE (1930-1940)

Eu égard à la scène socio-politique en général, on voit apparaître une nouvelle ombre au tableau. Les « problèmes sociaux » autour desquels Chicago avait bâti son approche l’« Américanisation de l'immigrant » (Wiley) et les questions quasi-parallèles [25] de la déviance et de l'écologie urbaine laissaient d'être perçus comme les problèmes de l'Amérique.
La question de l'étranger (dans sa double acception d'immigrant et de déviant) et de la ville allait dans la stratégie des « chicagoans » de pair avec l'étude de cas, mêlant sympathie et esprit technocratique [55]. Et sans aucun doute Chicago était bien outillée pour faire face aux problèmes qu'elle s'était posée : comme outil théorique, elle disposait de l'intéressante psychologie sociale de Mead et de la sociologie de Cooley et de Simmel : sa conception de la sociologie et de la méthodologie s'appuyait sur cet idéal d'un journalisme savant que Ton attribue à Park [56] et qui consistait en « ajouter à l'œil du journaliste un instrument susceptible d'améliorer la forme » [57] ; comme outils méthodologiques, Chicago employait la carte de la ville, les entretiens ouverts, l'observation, les dossiers de toute sorte, les nouvelles de périodiques, les journaux intimes, les histoires de vie, les lettres personnelles, etc. D'où l'allure anthropologique et culturaliste de cette sociologie [58].
C'est, en effet, autour du « journaliste » que Ton peut le mieux bâtir l'image de ces premiers sociologues de Chicago : comme le journaliste, ce sociologue allait sur le terrain, fouillait, enregistrait et gardait « vivant » son sujet ; plus que le journaliste, il était sympathique à l'égard de ses sujets ; par opposition au journaliste, il dédramatisait, reproduisait le plus fidèlement possible ce qu'il voit ou écoute et se sentait concerné par la réforme sociale. D'un point de vue théorique, l'approche des « chicagoans » était marquée par la problématique des conflits de valeurs et des différentes manières de définir les situations, par la transmission et l'évolution culturelle, par le conflit et l'organisation des petits groupes avec le statut politique différentiel de leurs membres, par les différentes formes de socialisation, etc.
Voilà qu'avec la Grande Dépression, la « préoccupation nationale de l'américanisation de l'immigrant est remplacée par l'inquiétude au sujet du chômage massif [59] » ; des analyses axées sur la notion de « statut politique », on passe à celle des « politiques des classes [60] » ; de la psychologie sociale et de l'étude de cas, on se tourne vers l'économie, la macro-sociologie et les statistiques. L'approche méthodologique de Chicago se trouve soudainement désuète, son problème, relativisé et ses catégories théoriques, insuffisantes. Certes, il est toujours possible d'appliquer l'étude de cas en tant que technique aux problèmes des classes sociales [61], mais à l'époque [62], Chicago n'a pas su répondre aux nouvelles questions et les autres traditions théoriques ignoraient cette méthode.
[26]
Par surcroît, vers la fin des années 30 et durant les années 40, les positivistes commencent à détenir le contrôle des « moyens de production » de l'activité académique et auront des bonnes opportunités de recherche sous l'administration Roosevelt [63]. Sur le plan du développement interne de la discipline, ceci se traduit par un contrôle croissant des journaux spécialisés, une représentation de plus en plus marquante dans les universités et collèges, une capacité d'obtenir des fonds et d'attirer des étudiant(e)s, etc.
Le développement du complexe industriel, technologique et militaire de l'après-guerre, y compris la nouvelle technologie des ordinateurs et la formation de groupes de pression (lobby) pour favoriser la circulation et l'utilisation de ces biens, n'a pu qu'éclipser l'école de Chicago et l'approche qualitative. L'État avait perdu l'intérêt pour son « produit sociologique » ou, tout au moins, pour la forme dans laquelle on le livrait.
Flattés par l'État et appuyés par l'industrie, les positivistes acquerront aussitôt l'hégémonie sur le plan de la méthodologie (et de son enseignement) en sciences sociales. À un tel point qu'on n'aura pas besoin d'être positiviste au sens strict du terme pour épouser son « échelle de valeurs » au niveau méthodologique. Selon toute vraisemblance, la grande majorité des textes de base (« manuels ») employés dans les années quarante, cinquante et soixante pour enseigner aux étudiant(e)s la recherche scientifique ont été imprégnés par les valeurs et critères positivistes de classification, d'évaluation et de hiérarchisation des méthodes [64] en même temps qu'ils se sont concentrés davantage sur une technique en particulier : l'enquête quantitative [65].
*
* *
Certes, les « idées », les théories et même les méthodes, en sciences sociales semblent jouir presque de cette immortalité qu'on attribue exclusivement aux philosophies. Elles s'effacent, sans disparaître complètement, et réapparaissent, sans que cette renaissance soit nécessairement la répétition flagrante de La vieille formule. Mouvement dialectique de la pensée et de la réalité sociale ? Peut-être, mais ce qui compte ici, toutefois, c'est que si l'on accepte, pour reprendre Foucault [66], de traiter les choses dans le jeu de leur instance, au début des années 40 Chicago est délogée et avec elle l'étude de cas. Celle-ci devient, par excellence, ce que les positivistes ont toujours voulu : un expédient ingénieux pour échapper à une corvée.
EN GUISE DE CONCLUSION :
LE RETOUR DE LA MÉTHODE QUALITATIVE

Ce ne sont pas les événements socio-politiques de la fin des années 60 qui ont engendré le retour de la méthode qualitative en Amérique du Nord : ils l'ont accéléré, en ont changé l'échelle.
En effet, dès la première moitié des années 60 on assiste progressivement à un retour de cette méthode sous la forme discrète (méthodologiquement parlant) de recherches empiriques. Interactionnisme symbolique et ethnométhodologie sont mis à contribution. Cependant, les premiers signes d'un travail méthodologique ne paraissent que [27] vers la fin des années 60 et plus clairement au début des années 70, lors de la publication de quelques ouvrages importants en méthodologie qualitative par les interactionnistes [67].
Sans doute plusieurs facteurs ont rendu difficile le déroulement du débat sur le plan de la méthode durant cette première décade.
D'abord, sur le plan théorique ces recherches présentaient un aspect polémique qui a monopolisé l'attention du sociologue. En effet, elles portaient en germe une multiplicité de micro-révolutions paradigmatiques affectant plusieurs secteurs d'analyse reliés à la question de la déviance et du contrôle social (fonctionnement de certains appareils d'État : hôpital psychiatrique, prison, tribunaux, etc.) [68]. Certes, ces « néo-chicagoans » comme ils seront appelés reprennent ici leur vieux thème, mais ils le font d'une manière substantiellement différente, créant pour ainsi dire des nouveaux objets. On pourrait paraphraser Françoise Morin et dire alors que, concrètement, la méthode inutile allait ici de pair avec des objets interdits [69].
La réplique de la sociologie fonctionnaliste et positiviste ne se fera pas attendre et le débat débouche rapidement dans un cul-de-sac [70]. L'impasse est surtout théorique, puisque l'enjeu méthodologique n'est ici qu'un tremplin pour attaquer et défendre les paradigmes.
Ensuite, au début des années 70 on relie encore (et à ce moment on pouvait difficilement y échapper) l'épistémologie de l'école de Chicago à l'emploi de la méthode qualitative, le rejet de la première entraînant un doute sérieux sur la valeur de la seconde. Bien entendu, sur le plan épistémologique, les premières recherches (et travaux méthodologiques) reproduisent encore les traces de l'ancienne flamme de Chicago : elles font revivre un empirisme idéaliste, inductif et anti-(macro-) théorique. Qui plus est, la critique que les « néo-chicagoans » adressent au positivisme réintroduit une sorte d'humanisme naïf qui a pour effet de dévaloriser la méthode. Elle sera alors moins vue comme valable en elle-même que comme réponse aux erreurs et insuffisances du quantitatif.
Finalement, à ces obstacles s'ajoute la rentrée en scène de la sociologie (et criminologie) radicale et marxiste au début des années 70, prolongeant l'enjeu théorique et politique et laissant entre parenthèses le travail de construction méthodologique. Comme les courants débutent sous la forme d'une critique théorique percutante et d'une analyse historique, on n'aura recours aux recherches empiriques que (notamment) dans la deuxième moitié de cette décade.
La visibilité d'un changement au niveau de la méthode qualitative est alors fort réduite au début des années 70 [71]. Mais à partir de 1975, on a l'impression qu'on change d'échelle. La multiplicité croissante de perspectives théoriques (marxistes, wébériennes, interactionnistes, etc.) faisant usage de cette méthode ne cesse d'étonner. L'interactionnisme symbolique lui-même subit des changements importants suite au contact avec d'autres perspectives et vice-versa. En plus, un travail de ré articulation méthodologique commence à se faire, et d'autres perspectives épistémologiques sont introduites. Le résultat immédiat sera une revalorisation du rôle de la théorie dans la recherche qualitative (empirique) et une discussion plus serrée des problèmes qui ont été auparavant délaissés : l'échantillon, la généralisation, l'analyse, etc.
[28]
Ces changements sont d'autant plus importants que pour bien évaluer sa portée il faut sortir des frontières strictes de l'Amérique du Nord et même de la sociologie [72]. C'est donc après 1975 qu'on peut dire qu'une véritable « mutation » s'opère dans la méthodologie qualitative, rendant plus facile un débat sur les méthodes en sciences sociales. C'est, peut-être, une époque féconde pour l'imagination méthodologique.
BIBLIOGRAPHIE

Observations : La bibliographie que voici ne veut que contribuer à la divulgation de quelques textes et certaines recherches portant sur la méthodologie qualitative. Sauf quelques exceptions, les articles mentionnés n'ont pas été cités dans le corps du travail.
- I. Bibliographie
Poupart, J., Labrecque, M.-Ch., « Bibliographie : méthodologie qualitative », dans Crime et/and Justice, vol. 7/8 (n° 3/4), 1979-1980, p. 248-261.
NOTE : Cette même bibliographie a été publiée par « Les cahiers de l'École de criminologie » (n° 3), Université de Montréal, 1979.
- II. Réflexions méthodologiques et épistémologiques
ABEL, Th., « The Nature and Use of Biograms », American Journal of Sociology, 53 (2), 1947, p. 111-118.
BALAN, J., E. JELIN, « La structure sociale dans la biographie personnelle », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, p. 269-289.
BERTAUX, D., « L'approche biographique : sa validité méthodologique, ses potentialités », dans Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, p. 197-225.
BERTAUX, D., « From the Life-History Approach to the Transformation of Sociological Practice », dans D. Bertaux (édit.), Biography and Society, Beverly Hills, Sage Publications Ltd., 1981.
BODGAN, R., R. TAYLOR, An Introduction to Qualitative Research Methods : A Phenomenological Approach to the Social Sciences, London, Wiley, 1975.
BULMER, M., « Concepts in the Analysis of Qualitative », Sociological Review, vol. 27 (n° 4), 1979, p. 651-677.
ELDER, G., « History and the Life Course », dans D. Bertaux (Ed.), Biography and Society, Beverly Hills, Sage Publications Ltd., 1981.
FARADAY, A., K. PLUMMER, « Doing Life History », Sociological Review, vol. 27 (n° 4), 1979, p. 773-798.
FERRAROTTI, F., « Les biographies comme instrument analytique et interprétatif », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, p. 227-248.
FERRAROTTI, F., « On the Autonomy of the Biographical Method », dans D. Bertaux (édit.), Biography and Society, Beverly Hills, Sage Publications Ltd., 1981.
GAGNON, N., « Données autobiographiques et praxis culturelle », dans Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, p. 291-304.
GAGNON, N., « On the Analysis of Life Accounts », dans D. Bertaux (édit.), Biography and Society, Beverly Hills, Sage Publications Ltd., 1981.
HOULE, G., « L'idéologie : un mode de connaissance », dans Sociologie et sociétés, vol. 11 (n° 1), 1979, p. 123-145.
KOHLI, M., « Biography : Account, Text, Method », dans D. Bertaux (édit.), Biography and Society, Beverly Hills, Sage Publications Ltd., 1981.
POIRIER, J., S. CLAPIER-VALLADON, « Le concept d'ethnobiographie et les récits de vie croisés », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, p. 351-358.
THOMPSON, P., The Voice of the Past Oral History, Oxford, Oxford University Press, 1978.
THOMPSON, P., « Des récits de vie à l'analyse du changement social », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, p. 249-268.
- III. Sur l'entretien qualitatif
KANDEL, L., « Réflexions sur l'usage de l'entretien, notamment non directif, et sur les études d'opinion », Epistémologie sociologique, vol. 13, 1972, p. 25-46.
LEGRAS, D., « Quelques contributions à la méthodologie de l'entretien non directif d'enquête ». Bulletin du C.E.R.P., vol. 20 (n° 2), 1971, p. 131-141.
MAÎTRE, J., « Sociologie de l'idéologie et entretien non directif », dans Revue française de sociologie, vol. 16, 1975, p. 248-256.
[29]
MERTON, R.K., M. FISKE et P.L. KENDALL, The Focused Interview, Glencoe, The Free Press, 1956.
MICHELAT, G., « Sur l'utilisation de l'entretien non directif en sociologie », Revue française de sociologie, vol. 16, 1975, p. 229-247.
SPECTOR, M., « Réflexions sur l'étude de personnalités connues », Crime et/and Justice, vol. 7/8 (n° 3/4), 1979-1980, p. 214-219.
- IV. Quelques recherches récentes
BRODEUR, J.-P., « L'ordre délinquant ». Déviance et société, vol. 3 (n° 1), p. 1-22.
FOUCAULT, M. (présenté par), « Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère... », Paris, Gallimard/Julliard, 1973.
LOPEZ, M.-L.. « Handicapés sociaux » et resocialisation ; diversité des pratiques et ambiguïté de leurs effets, Genève, Masson, « Médecine et hygiène », 1979.
PIRES, A.P., P. LANDREVILLE et V. BLANKEVOORT, « Système pénal et trajectoire sociale », Déviance et société, vol. 5 (n° 4), 1981, p. 319-345.
POUPART, J., « La violence au hockey : une contingence de carrière, des impératifs organisationnels », Déviance et société, vol. 3 (n° 1), p. 47-67.
ROBERT, Ph., Th. LAMBERT et C. FAUGERON, l'Image du viol collectif et reconstruction de l'objet, Genève, Masson, « Médecine et hygiène », 1976.
ROBERT, Ph, et C, FAUGERON, la Justice et son public : les représentations sociales du système pénal, Genève, Masson, « Médecine et hygiène », 1978.
RÉSUMÉ

Cet article propose une réflexion sur les causes de l'abandon de la méthodologie qualitative dans la sociologie nord-américaine. La période historique se situant entre 1918 et 1950 est privilégiée. Par le biais de cette analyse historique, ce texte entend, entre autres, contribuer que ce soit indirectement à offrir des bases différentes au débat actuel. En effet, il attire l'attention sur le fait qu'un véritable débat méthodologique entre l'approche qualitative et quantitative commence à peine à être entamé.
SUMMARY
This article examines the reasons for the abandonment of qualitative methodology in North American sociology. Selecting the period between 1918 and 1950 as the focus of the study, this historical analysis, as indirectly as it may appear, directs attention to the fact that a genuine methodological debate between the merits of qualitative and quantitative approaches has hardly begun.
RESUMEN
Este artículo presenta une reflexion sobre les causas del abandono de la metodología cualitativa en la sociologia norteamericana. Efectuando un análisis histόrico, donde se previlegia el periodo situado entre 1918 y 1950, se trata, aunque sea indirectamente de contribuir a ofrecer bases diferentes al debate actual. En efecto, el articulo señala el hecho que un verdadero debate metodoldgico entre un enfoque cualitativo y cuantativo esta apenas por empezar.
[1] L'opérationnalisme se caractérise notamment par le fait de soutenir que seules les « définitions opérationnelles » sont objectives et valables. Ainsi la « définition » d'intelligence est celle que le test d'intelligence donne. Comme dit Lundberg, « the only way of defining anything objectively is in terms of the operations invofved ». Définition et mesure deviennent une seule et même chose. Le restant appartient à la métaphysique : « No platitude is more common in sociology than the remark that in order to mesure, we must first define, describe, or « know » what we are measuring [,..] That measurement is a way of defining, describing and 'knowing' seems to have been overlooked. » G.A. Lundberg, Foundations of Sociology, N.Y., McMillan Co., 1939, p. 58 et 60 respectivement.
[2] Quoi qu'il en soit de l'imprécision relative de ce terme, il désigne ici les recherches empiriques faisant usage des techniques qualitatives notamment des entretiens en profondeur et/ou des différentes formes d'observation (observation participante, etc.) et effectuant une analyse qualitative du matériel.
[3] Bien entendu, l'examen de ces remaniements comme également de ceux qui se sont produits dans la méthodologie qualitative déborde le cadre de ce texte. Pour la méthodologie quantitative, il est important de consulter les réflexions de M. Castells, « Les nouvelles frontières de La méthodologie sociologique », information sur les sciences sociales, vol. 9, (n. 6), p. 79-108. Voir aussi comme illustration de quelques-uns de ces changements dans le quantitatif le travail de E.J. Webb, D T. Campbell, F D. Schwartz, L. Sechrest, Unobstrusive Measures : Nonreactive Research in the Social Sciences, Chicago, Rand McNally Publishing Co., 1966. Pour la méthodologie qualitative, il est important de consulter, pour une vision d'ensemble, l'article de D. Bertaux, « L'approche biographique, sa validité méthodologique, ses potentialités », Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, p. 197-225.
[4] Signalons, dès maintenant, qu'on aurait tort d'identifier mécaniquement les recherches récentes employant la méthodologie qualitative avec une forme d'empirisme idéaliste.
[5] À ce titre nous pensons en particulier aux remarques de D. Bertaux, op. cit., p. 199.
[6] J.-P. Sartre, Question de méthode, Paris, Gallimard, 1960, p. 40-41.
[7] Les notions d'« étude de cas », d'« histoire de cas » ou d'« histoire de vie », etc. sont synonymes et employées dans une acception aussi large dans les premières décades du siècle que la notion d'approche qualitative aujourd'hui, lorsque l'on désigne par là l'ensemble des recherches empiriques. Étude de cas ne signifie donc pas exclusivement étude d'un cas unique (un individu), ni encore seulement étude « clinique » d'un cas. Elle peut-être appliquée à l'étude d'un groupe, d'une communauté, d'une institution, etc. Voir à ce propos, C.H. Cooley, « Case Study of Small Instillions as a Method of Research », Publications of the American Sociologicai Society, vol. 22, 1928, p. 123-132, et « The Life-Study Method as Applied to Rural Social Research », Publications of the American Sociological Society, vol. 23, 1929, p. 248-254.
[8] Faris considère les années 20 ou, plus exactement, la période qui s'étend de 1920 à 1932 comme les « années de gloire » de l'École de Chicago. R.E.L. Faris, Chicago Sociology, San Francisco, Chandler Publishing Co., 1967, p. 123.
[9] Stouffer publie un résumé de sa thèse l'année suivante : S.A. Stouffer, « Experimental Comparison of a Statistical and a Case History Technique of Attitude Research », Publications of the American Sociological Society, vol. 25, 1931, p. 154-156. Un article sur le sujet paraîtra plus tard : S.A. Stouffer, « A Technique for Analyzing Sociological Data Classified in Non-Quantitative Groups », American Journal of Sociology, vol. 39 (2), p. 180-193.
[10] Stouffer, « A Technique for Analyzing Sociological Data Classified in Non-Quantitative Groups », op. cit., p. 192.
[11] Voir N. Wiley, « The Rise and Fall of Dominating Theories in American Sociology », dans. W.E. Snizek, E.R. Fuhrman et M.K, Miller (édit.), Contemporary Issues in Theory and Research, Westport, Greenwood Press, 1979, p. 60. L'auteur nous renvoie à l'étude de D. Fleming, « Attitude : The History of a Concept », Perspectives in American History, vol. 1, p. 287-365. Voir aussi dans le même sens les remarques de Louis Wirth dans H. Blumer, An Appraisal of Thomas and Znaniecki's « The Polish Peasant in Europe and America », N.V., Social Science Research Council, 1939, p. 124.
[12] « Suite à cette thèse » ne veut pas dire « à cause de cette thèse ». Nous ne pouvons pas expliquer ce mouvement progressif de dépréciation de l'approche qualitative en restant strictement au plan de r« histoire des idées » et moins encore l'attribuer à un seul individu. Maints auteurs ont essayé de démontrer les apories d'une telle démarche. Voir notamment M. Foucault, l'Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969 ; T.S. Kuhn, The Structure of Scientific Revolutions, Chicago, The University of Chicago Press, 1962.
[13] N. Wiley, op. cit., p. 60.
[14] Nous faisons référence ici à l'étude de W.I. Thomas et F. Znaniecki, The Polish Peasant in Europe and America, N.Y., Dover Publications, Inc., 2 vol., 1958. Cet ouvrage a été d'abord publié en 5 volumes entre 1918 et 1920. Les deux premiers volumes paraissent en 1918, le volume III en 1919 et les volumes IV et V en 1920. En 1927 le travail est réédité intégralement en deux volumes. L'édition que nous avons consultée est une réplique de la 2e édition en deux volumes.
[15] Thomas et Znaniecki semblent se référer ici à toutes les formes par lesquelles on peut reconstituer l'histoire d'une expérience. Le fait que le récit soit spontané (autobiographies, journaux intimes, lettres personnelles, etc.) ou sollicité par le chercheur (entretiens, histoires de vie, etc.) ne semble pas affecter son statut. Thomas, en particulier, considère même souhaitable que ces données soient complétées par d'autres, obtenues auprès des personnes qui ont connu ou vécu avec l'informateur principal. Voir Thomas, dans Blumer, op. cit., p. 133.
[16] En anglais : « The Perfect Type of Sociological Material ». Nous avons adopté ici la traduction de cet extrait fait par F. Ferrarotti, Les biographies comme instrument analytique et interprétatif, dans Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, p. 229.
[17] Thomas et Znaniecki, op. cit., p. 1833.
[20] Allport regrettait cette situation qui avait transformé l'étude de cas dans « a helpless tail to the statistical kite ». G.W. Allport, The Use of Personal Documents in Psychological Science, N.Y., Social Science Research Council, 1942, p. 55.
[21] Déjà en 1945, lorsqu'Angell publie sa revue critique d'études sociologiques employant des « documents personnels », il se sent obligé d'en défendre la légitimité, d'expliquer les raisons de sa désaffection et de son sous-développement technique. Selon lui, la tendance en faveur des statistiques a été tellement forte qu'elle a suscité l'adhésion de la majorité des jeunes sociologues. R, Angell, « A Critical Review of the Development of the Personal Document Method in Sociology », dans L. Gottschalk, C. Kluckhohn et R. Angell (édit.), The Use of Personal Documents in History, Anthropologv and Sociology, N.Y., Social Science Research Council, 1945, p. 231-232.
[22] Voir L.L. Bernard, « An Interpretation of Sociology in the United States », Publications of the American Sociological Society, vol. 25, 1931, p. 48.
[23] Le terme positiviste désigne ici moins ceux qui adoptent (parfois) une approche mathématique sophistiquée en sociologie que ceux qui préconisent l'usage exclusif de certains modèles tirés des sciences naturelles. On identifie « science » avec « formalisme mathématique » et l'on soutient l'unité fondamentale de la méthode scientifique. À cette époque en sociologie, le positivisme se caractérise, en outre, par une attitude foncièrement anti-théorique, dans le sens d'une théorie substantive de la réalité sociale. Les théories courantes en sociologie ne sont conçues par les positivistes que comme des « idées » à être testées par la recherche quantitative. Le titre de l'ouvrage de Stouffer en dit long là-dessus : « Social Research to Test Ideas », N.Y., Free Press of Glencoe, 1962. Dans ce sens, il convient de ne pas confondre positivisme avec fonctionnalisme. Voir aussi Wiley, op. cit., p. 50 et L. Kolakowskï, la Philosophie positiviste, Paris, Danoël/Gonthier, 1976, p. 9-19.
[24] Voir G. A. Lundberg, Case Work and the Statistical Method, dans Social Forces, vol. 2, no 1, 1926, p. 61. Lundberg a été longtemps considéré comme un leader positiviste. Voir à ce propos, H. Kuklick, « A Scientific Revolution : Sociological Theory in the United States, 1930-1945 », dans Sociological Inquiry, vol. 43, no 1, 1973, p. 15 ; voir aussi N. Wiley, op. cit., p. 67.
[25] Lundberg, op. cit., p. 62. Plus tard, Lundberg réitérera cette même position, en affirmant que le conflit entre les deux méthodes est faux, représentant seulement différents degrés de raffinement et d'objectivité. Plus on tend vers les statistiques, plus on est raffiné et objectif, G.A. Lundberg, Social Research, N.Y., Longmans, Green, 1942, p, 23.
[26] Voir D.S. Thomas, « Statistics in Social Research », American Journal of Sociology, vol. 35(1), 1929, p. 1. Dorothy Thomas prendra une position semblable à celle de Lundberg, bien que dans une version plus nuancée.
[27] Voir Wiley, op. cit., p. 60.
[28] Faris, op. cit., p. 113-114.
[29] Wiley, op. cit., p. 57-58.
[30] Nous pensons ici notamment aux deux travaux déjà cités de Cooley qui fait des critiques percutantes à l'emploi des statistiques (surtout dans le domaine de l'éducation et de la criminologie) et défend sans se laisser prendre par la logique positiviste l'étude de cas. Il attire L'attention, entre autres choses, sur le fait qu'il ne faut pas confondre « précision » avec « mesure », ni supposer que la mesure est toujours le meilleur type de précision. Selon lui, il faut choisir une forme de précision qui s'accorde bien avec ce que l'on veut observer ; certains types d'observations seront alors quantitatives (pour être précises) et d'autres, qualitatives (pour être aussi précises). Il faut aussi mentionner, avec quelques réserves, Dollard qui demande que l'histoire de vie soit évaluée dans ses propres termes et qui refuse de la voir comme « a happy hunting ground for hypotheses whick could then be « scientificaliy » verified ». J. Dollard, Criteria for the Life History, N.Y., Books for Libraries Press, 1935/1971, p. 6-7. Toutefois, il semble revenir sur sa position lorsqu'il présente l'étude de cas comme une démarche exploratoire et pré-quantitative : J. Dollard, « The Life History in Community Studies », American Sociological Review, vol. 3, 1938, p. 724-725.
[31] Aussi bien qu'une autre recherche qualitative approfondissant quelques aspects particuliers.
[32] Il nous paraît évident que c'est dans ces deux sens que Whyte utilise le terme « exploratoire » lorsqu'il présente sa recherche. W.F. Whyte, Street Corner Society, Chicago, University of Chicago Press, 1943, p. XVI, 280, 357.
[33] Voir à ce propos les remarques de Kapp sur une certaine manière de poser le problème des coûts sociaux de la production économique. K.W. Kapp, les Coûts sociaux dans l'économie de marché, Paris, Flammarion, 1963, p. 302.
[34] J.-P. Sartre, Saint-Genet : comédien et martyr, Paris, Gallimard, 1952.
[35] Cooley s'est rendu compte de manière très perspicace de ce phénomène et en donne d'autres exemples dans son étude. Il commence par attirer l'attention sur le fait suivant : « In looking over examples of recent research in the rural fieId I have admired the ability and ardor of the investigators and have noted that some of them were seeking to animate their work by searching case-studies. On the whole, however, it seemed to me that the workers, somewhat obsessed by the idea that they must offer nothing unquantitative, have been timid about attempting a lifelike portrayal of behavior » (c'est nous qui soulignons). Cooley, « The Life-Study Method as Applied to rural Social Research », op. cit., p. 249-250.
[36] C.R. Shaw, « Case Study Method », Publications of the American Sociological Socieiv, vol. 21, 1927, p. 150.
[37] On se défendait sans aucun doute très mal à ce niveau et la situation n'a pas changé si tôt. John Dollard, comme nous avons vu, commettra la même erreur ; G. W. Allport (op. cit., p. 54-55) brouille encore davantage [es cartes et même Angell (op. cit., p. 223-224) vient malgré lui renforcer parfois l'idée du qualitatif comme utile à l'exploration.
[38] Certes, dans cette étude, Stouffer fera aussi une concession : celle de reconnaître que « peut-être (sic) quelques-uns des plus importants matériaux de l'histoire de vie, traitant plutôt de patrons élaborés que de magnitudes, ne devraient pas être forcés dans une grille quantitative ». Par contre, entre autres choses, on réaffirmera le caractère particulièrement utile de l'approche qualitative pour « donner des idées ». R.S. Cavan, Ph. M. Hanser et S.A. Stouffer, « Note on the Statistical Treatment of Life-History Malerial », Social Forces, vol. 9, no 2, 1930, p. 203.
[39] G. A. Lundberg, Foundations of Sociology, op. cit.
[40] S.A. Stouffer, « Some Observations on Study Deisign », American Journal of Sociology, vol. 55, no 4, 1950, p, 356.
[41] Après avoir dénigré l'approche qualitative, certains positivistes ont pris l'habitude de « réconforter » le chercheur qualitatif par quelques paroles de soutien, en lui rappelant en particulier que son travail est très utile voire même indispensable à celui du statisticien et qu'il faut donc travailler la main dans la main. Voir, par exemple, Stouffer, Social Research to Test Ideas, op. cit., p. 260 ; Lundberg, Social Research, op. cit., p. 24.
[42] Sartre, op. cit., p. 25.
[43] S.A. Queen, « Round Table on the Case-Study Method of Sociological Research », Publications of the American Sociological Society, vol. 22, no 128, p. 225-227.
[44] Cooley, « The Life-Study Method as Applied to Rural Social Research », op. cit., p. 249.
[45] L'insoupçonnable positiviste Lundberg, faisant référence à la thèse de Stouffer, écrira : « la différence fondamentale fréquemment présumée, entre l'histoire de cas et les autres méthodes sociologiques est sans aucun doute exagérée. Des méthodes différentes aboutissent parfois aux mêmes résultats (les soulignés sont de nous) ». G.W. Allport (op. cit.., p. 24-25) et Angell (op. cit., p. 223-224), à plus forte raison, transforment la conclusion de Stouffer en un argument favorable à l'étude de cas.
[46] J. Dollard, Criteria for the Life History, op. cit.
[48] Dans quelques lignes perdues du The Child in America (N.Y., Alfred A. Knopf, 1928/1970, p. I), William et Dorothy Thomas soulignaient que les cas sélectionnés dans leur étude ne prétendaient pas représenter les proportions des différentes sortes de mésadaptations parmi les jeunes, mais tout simplement les variétés les plus importantes. Peut-on y voir les germes du « principe de diversité » qui sera développé plus tard dans certains types de recherche qualitative ? On peut encore nommer la stratégie adoptée par Sutherland pour extrapoler à partir du Voleur professionnel, qui se rapproche du principe de saturation développé par B.G. Glaser et A. Strauss ; ou encore celle beaucoup plus tardive de Lindesmith. Cette dernière, appelée le principe de la quête du cas égatif, rappelle étonnamment les positions de K. Popper, et ce malgré le parti-pris de Lindesmith pour une démarche empiriciste et inductive. Voir Chic Conwell, The Professional Thief (annotated and interpreted by E. Sutherland), Chicago, Phoenix Books, 1937 ; A.R. Lindesmith, Opiate Addiction, Bloomington, 1947 ; voir aussi B.G. Glaser et A. Strauss, The Discovery of Grounded Theory, Chicago, Aldine Publishing Co., 1967 et l'introduction et l'article de Bertaux, dans D. Bertaux (édit.), Biography and Society, Berverly Hills, Sage Publications, 1981.
[49] Paris, op. cit., p. 121 ; Kucklick, op. cit., p. 3.
[50] Kucklick, op. cit., p. 15.
[51] Bierstedt constitue un bon exemple, puisqu'il a critiqué à tour de rôle l’opérationnalisme de Lundberg (1946) et la méthode de Chicago (1948). Ces deux articles sont reproduits dans R. Bierstedt, Power and Progress, N.Y. McGraw-Hill Book Co.. 1974.
[53] Le travail de Robert et Helen Lynd, Middletown, N.Y., Harcourt, Brace and Co., 1929, nous intéresse particulièrement en raison de sa date de parution et de ses notes méthodologiques. Voir aussi l'étude de Warner sur « Yankee City », dont les travaux sur le terrain ont été faits entre 1930 et 1935. Cette recherche paraîtra d1 abord en cinq volumes. W.L. Warner, Yankee City (abridged edition), New Haven, Yale University Press, 1963.
[54] G. Rocher, op. cit., p. 26-27.
[55] Par « esprit technocratique » nous entendons cette envie de contrôler la réalité sociale, mais en embrassant un point de vue étatique et institutionnel. En criminologie, il se traduit fréquemment dans ce que Matza a nommé la « perspective correctionnaliste », qui était aussi fortement présente bien que de manière mitigée dans la première étape de l'École de Chicago. D. Matza, Becoming Deviant, N.Y., Prentice-Hall, 1969, p. 17-18 et 26.
[56] J. Poupart, « La méthodologie qualitative : une source de débats en criminologie », Crime et/and Justice, vol. 7/8 (n. 3/4), 1979-1980, p. 168.
[57] Y. Grafmeyer et I. Joseph, « La ville laboratoire et le milieu urbain », dans Y. Grafmeyer et I. Joseph (édit.), l'École de Chicago, Paris, Éditions du Champ urbain, 1979, p. 8.
[58] Comme souligne Becker, il faut concevoir les travaux de l'École de Chicago comme faisant partie d'une même « entreprise totale », comme « des petites pièces d'une mosaïque visant une théorie de la ville et la connaissance de Chicago ». H.S. Becker, « The Life-History in the Scientific Mosaic », introduction à la réédition de C. Shaw, The Jack-Roller, Chicago, University of Chicago Press, 1930/1966.
[59] Wiley, op. cit., p. 60.
[61] La preuve c'est que l'on adopte aujourd'hui cette méthode pour traiter des problèmes de cet ordre. Qui plus est, les monographies l'ont fait déjà à l'époque. Voir à ce sujet les travaux édités par D. Bertaux dans Biography and Society, op. cit. Les monographies avaient déjà étudié ces questions, et tout particulièrement celle de Warner (op. cit.).
[62] Denzin a démontré récemment comment une approche interactionniste remaniée et ouverte à d'autres perspectives pouvait toucher en même temps des questions nouvelles et d'ordre plus structurel. N.K. Denzin, « The Interactionist Study of Social Organization », dans D. Bertaux, Biography and Society, op. cit., p. 149-167. Voir aussi dans le même sens les commentaires de Bertaux, « L'approche biographique », op. cit., p. 199.
[63] Wiley, op. cit., p. 68.
[64] Voir dans ce même sens, A. Faraday et K. Plummer, « Doing Life Histories », Sociological Review, vol. 27, no 4), p. 773 ; Poupart, op. a' !., p. 167 ; Bertaux, Biography and Society, op. cit., p. 1. White (op. cit., p. 279), de son côté, regrettait déjà l'absence de matériel de lecture pour donner aux étudiant(e)s.
[65] À un tel point que l'on peut comprendre les efforts de Webb, Campbell, Schwartz et Sechrest pour attirer l'attention du chercheur quantitatif à d'autres techniques de cueillette de données et, par conséquent, à d'autres types de données (op. cit.).
[66] Foucault, op. cit., p. 69.
[67] Nous nous référons particulièrement aux travaux de B. G. Glaser et A. Strauss, op. cit. ; N. K. Denzin, The Research Act, Chicago, Aldine Publishing Company, 1970 ; J. Lofland, Analyzing Social Settings, Belmont, Wadsworth Publishing Co., 1971 et L Schatzman et A. Strauss, Field Research, N.J., Englewood Cliffs, 1973.
[68] Poupart, dans une étude très intéressante (op. cit.), analyse l'impact de ces recherches combinant une méthode qualitative avec une révolution paradigmatique dans le domaine de la criminologie.
[69] Voir F. Morin, « Pratiques anthropologiques et histoire de vie », dans Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, p. 331.
[70] Petrunik, dans un article très intéressant, a analysé cette impasse. M. Petrunik, « The Rise and Fall of « Labelling Theory » : The Construction and Destruction of a Sociological Strawman », Cahiers canadiens de sociologie, vol. 5, no 3, 1980, p. 213-233.
[71] Lorsque Castells (op. cit.) publie son article sur la méthodologie, il voyait à peine quelques signes de retour de la méthode qualitative, ne pouvant encore bien évaluer ni sa portée, ni sa diversité (en termes épistémologique et théorique).
[72] Le lecteur peut avoir une vue générale de ce phénomène consultant : le numéro spécial des Cahiers internationaux de sociologie, vol. 69, 1980, consacré à l'approche biographique, et le livre édité par Bertaux, Biography and Society, op. cit. Au moins, deux autres périodiques ont consacré récemment un numéro complet à la méthodologie qualitative : Sociological Review, vol. 27, no 4, 1979 et Crime et/and Justice, vol. 7/8, no 3/4), 1979/80.
|