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Les idéologies au Québec.
Préface
La production du bibliographe est entreprise bien ingrate ; outre son aspect fastidieux de recensions et de dépouillements multipliés, elle offre une vulnérabilité indéniable. Elle se pose comme transparence de par la nature même de sa présentation. Si la bibliographie a été défi à son auteur, elle ne l'est pas moins, mais autrement, au lecteur. Ce sera souvent pour lui, s'il est un peu connaisseur, l'occasion d'un corps à corps intellectuel : il s'emploiera à y découvrir la faiblesse dans la cuirasse, jeu toujours séduisant qui a probablement pour fonction de rassurer devant tel monument. C'est le premier moment : celui au cours duquel le lecteur s'applique à relever les absences. La pratique bibliographique veut qu'il s'en révèle toujours ; elles relèvent tantôt de l'ouverture de l'objectif, tantôt du champ documentaire, quand ce n'est tout simplement de l'omission, que l'on dit inévitable.
Mais cette première réaction passée, notre connaisseur se laissera un peu déranger ; au mouvement initial de défense succédera un sentiment plus perméable aux présences. Quelles sont-elles ici ? Il y a bien sûr le répertoire, lui-même, qui réunit en un seul ouvrage une masse encore passablement dispersée. Ce rassemblement s'est voulu le plus extensif possible, je crois qu'il est heureux qu'il en ait été ainsi. Le chercheur ne saurait trop surestimer également les nombreux recoupements possibles qu'offre l'index analytique. Pour ma part, j'apprécie particulièrement en ces pages la place importante réservée aux thèses, soit de maîtrise ou de doctorat. Ainsi se trouve réhabilité un apport essentiel à la recherche, qui ne méritait pas l'oubli dans lequel le sort l'a souvent condamné. On découvre dans ces productions d'excellentes sources d'information qui, en passant, servent grandement à renforcer le champ bibliographique.
Par ailleurs, l'intention de se rapprocher des représentations plus liées à la quotidienneté laisse entrevoir un arrière-pays dans lequel fort peu se sont encore aventurés. L'invite m'apparaît très à propos. Elle se veut une observation davantage rivée au reflet des pratiques plutôt qu'à la production des "grands systèmes", chasse-gardée des élites. Ce changement d'optique ne sera certes pas sans présenter de sérieux embûches d'ordre méthodologique ; mais bien menée, l'analyse est susceptible de fournir des réponses beaucoup plus profondes que la démarche traditionnelle.
La présente bibliographie s'axe délibérément sur le contenu québécois de l'idéologie, mais non sur l'idéologie comme telle. Elle laisse au chercheur le soin de poser lui-même une problématique par laquelle se manifesteront plus explicitement ces représentations. Quelle qu'abondante que puisse être une bibliographie, elle ne saurait soustraire à la nécessité d'établir un cadre analytique. La tentation demeurera toujours grande de laisser au discours la tâche [8] de se révéler à lui-même comme à sa substance essentielle. Tel mode d'approche risque de conduire à une impasse connue : l'engorgement des données informes, ou encore, la réduction extrême à quelques thèmes. Deux opposés qui ont en commun de ne pas rendre justice au texte et de sombrer très souvent dans la plus pure description.
Le programme que Denis Monière et André Vachet nous proposent, c'est manifestement celui de développer un champ théorique qui permette une mise en place dans cet apparent magma, toujours mouvant, de valeurs et de représentations québécoises.
André-J. Bélanger
Université de Montréal
Juillet 1977
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