[35]
Pierre Maranda
Anthropologie, retraité de l’enseignement, Université Laval
“Sémiogénèse de
la représentation collective
de l'Amérindien
chez les jeunes adultes québécois”
Un article publié dans la revue RS/SI, Recherches sémiotiques / Semiotic Inquiry, Vol 1, no 1, 1981, pp. 35-52.

La sémiographie (Maranda 1978c) est une technique de description de la sémiogenèse, c'est-à-dire de la construction du sens : comment utilise-t-on les signifiants stockés dans un système sémantique, comment les met-on en œuvre pour bricoler des modèles réduits (Lévi-Strauss : 1962 : 34-37) qui, permettant de ramener à une échelle maniable les phénomènes qui nous entourent, les rendraient intelligibles ? Paraphrasant Paulhan ou Leiris, on pourrait considérer les mots comme des prothèses sans quoi une pensée ne saurait prendre forme ; ils sont là, données flottantes, ils se cherchent des signifiés à la manière de la limaille de fer en attente d'un aimant ou à la manière de parasites en quête d'un organisme pour s'y implanter.
La sémiogenèse a fait l'objet, sous d'autres noms, de nombreuses recherches en psychologie génétique (e.g., Piaget 1978) et sociale (e.g., Allport 1961), en anthropologie culturelle (e.g., l'école américaine Culture and Personality, avec par exemple Kardiner et Preble (1961), la sémiotique du feu et du four de terre par Lévi-Strauss dans Mythologiques (1964-71), etc. De plus en plus, en sciences humaines, on met l'accent sur les schèmes de 'construction' d'images et de représentations clés. Les titres abondent, du type Becoming Female, La Formation des mâles, Becoming a Worker. La sémiotique s'est alignée sur des axes semblables, comme en témoigne le concept de 'signifiance' (Kristeva : 1969). Sous des terminologies plus ou moins formelles ou ésotériques, on étudie la formation des éléments de structures cognitives. Et que l'on traite d'idéologie, 'opaque à elle-même' (Althusser 1971), faite de stéréotypes et de clichés et canalisant les inerties sémantiques, ou que l'on traite de 'représentations collectives' au sens de Durkheim et Mauss (1903), on vise à mieux connaître selon la matrice préconçue qui guide nos recherches, celle des coordonnées cartésiennes les relations entre sémantique et syntaxe, entre temps et espace. [1]
La démarche expérimentale brièvement décrite ci‑dessous relève de la sémiographie et en donne un exemple rudimentaire (pour des traitements plus sophistiqués, v. Maranda 1974, 1976). Cette expérimentation porte sur des sondages de stocks sémiques et leur articulation dans des chaînes dynamiques. Étant donné un certain nombre de signifiants (ensembles paradigmatiques ou 'séries associatives' dans la terminologie de Saussure), comment se structurent-ils lorsqu'on demande à ceux [36] qui les ont fournis de construire un syntagme narratif ayant trait à ce qui, en principe dans cette expérience, constitue leur centre de gravité sémantique ? Est-il possible d'aborder la sémiogenèse de cette façon et, si on le fait, quels types de résultats pourrait-on escompter ? Voyons donc, dans l'esquisse à large traits et fort grossière qui suit, un des aspects du rendement de cette approche.
Notre étude, bien que menée indépendamment de celles de Gibbins et Ponting (1978a, b) et bien que proposant une problématique et une méthode différentes, n'en est pas moins reliée quant au fond, et congruente quant aux conclusions, avec les leurs. (En outre, nos données suggèrent une explication au taux de sympathie envers les Amérindiens du Canada, qui sont plus élevés au Québec qu'ailleurs ; v. ci‑dessous, 5.2.3 et note 3.)
Ce texte comprend six parties :
- 1. Brève présentation de la théorie générale ;
- 2. présentation de la méthode d'enquête ;
- 3. échantillon ;
- 4. protocole de cueillette des données ;
- 5. analyse des données ; et
- 6. conclusion.
1. Théorie générale
La théorie gouvernant l'approche expérimentale pour déceler les traits fondamentaux de 'mentalités' et d' 'attitudes' a été définie dans d'autres publications (Maranda 1972a, b ; 1977a, b ; 1978a, b, c). Qu'il suffise de la résumer brièvement ici.
L'exploration, au moyen de tests d'associations libres (TAL) et de tests d'associations narratives (TAN), vise à déceler les structures maîtresses de ce que j'appelle l"infra-discours populaire' :
- 'Subdiscourse' is coined analogically with 'subconscious,' 'subliminal,' and, especially, 'sub (or infra) structure.' It consists of the strings of high-probability associations that underlie speech acts in verbal discourses and out of which uttered discourses emerge. The concept purports to be more precise than de Saussure's construct langue. In semantics, it describes an associative probabilistic syntax internalized as a conceptualization system. (On the linguistic issue, see Cedergreen and Sankoff 1974, Gardin 1973.) Its rules are learned compatibilities and incompatibilities. Compatibilities are manifest in cliches, proverbs, and stale metaphors, incompatibilities in statement-rejection rates ...
- Our approach rests on a combination of word-association tests and plot-association tests (Maranda 1972a : book 10). I first used the method in a nonliterate Melanesian society (Lau, North Malaita, Solomon Islands) in 1966-68 and 1976, with a sample of 20 native speakers, to build a sketch of a probabilistic semantic encyclopaedia. I did a similar study in Vancouver in 1972 and 1974 (sample : 400 white Anglo-Saxon Protestants). In Québec, our team work started in 1977. (1978b)
Des résultats de nos enquêtes avec les stimuli SERPENT, FEMME et HOMME sont fournis ailleurs (Maranda 1977a, b ; 1978a, b). Les stimuli utilisés dans la recherche dont le présent texte fait état, sont INDIEN, CANADIEN et Québécois.
2. Méthode d'enquête
Nous commençons toujours avec le test d'association libre (TAL), un mot à la fois.
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Cette approche nous permet d'obtenir des ensembles paradigmatiques, c'est-à-dire des ensembles de mots formant grappes autour du stimulus. Ainsi, au terme INDIEN, [2] on répondra (deux réponses de femmes, suivies de deux réponses d'hommes ; la lettre, dans la parenthèse suivant le texte, donne le sexe et le chiffre, le numéro d'identification du sujet) :
- Ouest, peau foncée, rouge, réserve, nature, tribu, sexisme, squaw, western-spaghetti, nationalisme. (Foi)
-
- Flèche, tee-pee, ouest canadien, arts, Amérindiens, coureurs de bois, mocassins, totems, squaw, far west, village huron, canot, raquette, rivière, chasse, tomahawk, cousin, hutte, pêche, aigle, légende, esquimau, musée, corbeau, les 'chétifs croulants', arc, bois, réserve. (F36)
-
- Amérique, persécution, extinction, autochtones, exploitation, culture, païens, religion, missionnaires, nomades, soumission, extinction, réserves, métissage, conquête, assimilation. (M35)
-
- Liberté, plaine, bison, montagne, forêt, chasse, pêche, rivière, tribu, lance, arc, flèches, simplicité, réserve, oppression, racisme, alcoolisme, dégénérescence, assimilation, extinction, chef, hiérarchie, squaw, papoose, canot, totem, danses tribales, feux, lois tribales, mocassins, raquettes, maïs, tabac, patates. (M37)
Une fois les trois stimuli utilisés dans le TAL, on demande aux répondants d'inventer un récit avec ces trois mêmes personnages. C'est le test d'associations narratives (TAN). Alors que le TAL nous fournit un ensemble de mots-réponses déployant un certain nombre de dimensions sémantiques, le TAN articule quelques‑unes de ces dimensions de façon dynamique. En guise d'exemples, voyons les deux récits suivants, l'un d'une femme, l'autre d'un homme.
- Un homme habitait une terre immense, un pays superbe. On disait de lui qu'il était indien ; mais il était aussi Canadien et Québécois. Dans son pays, il ne savait pas comment se définir. Pour lui, il appartenait à la terre, point. Il avait trois beaux grands garçons. Ses garçons étaient en âge pour partir conquérir le monde. Il leur donna donc, avant que chacun prenne la route, un nom, car il voulait que ses fils fussent quelqu'un. À l'aîné, il donna comme nom l'Indien, au suivant, le Québécois et au plus jeune, le Canadien. Ainsi, les trois fils partirent donc. (F06)
-
- Deux bons amis, dont l'un était Québécois et l'autre Indien, étaient partis voir des horizons nouveaux. Ce voyage les emmena dans un pays aux gens étranges, des Canadiens. La communication était très difficile avec eux à tel point que nos deux bons larrons se sentaient continuellement, tant par les actes que par les paroles, obligés vers ces Canadiens. Ce fut pour cela qu'ils quittèrent très vite ce pays pour enfin retourner vers le leur, le Québec. (M03)
Les constellations associatives se manifestent donc en deux types de structures : celle, statique, des ensembles paradigmatiques TAL, l'autre, dynamique, des récits inventés TAN.
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3. Échantillon
Notre échantillonnage ne fut ni stratifié, ni aléatoire. Cela ne S'avère pas nécessaire dans ce genre d'enquêtes. En effet, comme le souligne l'expert Zetterberg (1965), là où il s'agit d'une enquête sur des termes et des relations (ici, INDIEN, CANADIEN et QUÉBÉCOIS) dont on peut supposer qu'ils soient présents partout dans la population, un échantillonnage comme le nôtre demeure aussi valide qu'un échantillonnage aléatoire. En d'autres mots, nous pouvons faire la supposition que tout Québécois, pourvu qu'il sache quelque peu parler et penser, sera capable de réponses TAL et TAN à nos trois stimuli. (Ce serait différent si nous utilisions des stimuli rares, qu'on ne pourrait supposer connus de tout Québécois parlant et pensant par exemple, si nous utilisions 'booléen', 'caravansérail' et 'Amérindien'.)
De toute façon, nous ne cherchons aucunement à généraliser à toute la population québécoise les conclusions que nous avons atteintes dans cette recherche. Au contraire, nous les restreignons à un groupe de jeunes adultes, entre 20 et 30 ans, étudiants d'université pour la plupart.
Notre échantillon comprend donc 79 personnes entre 20 et 30, ans, dont 70 (89 pour cent) sont étudiants, dont 41 (52 pour cent) sont des femmes et 36 (48 pour cent) des hommes. (Les non-étudiants se répartissent ainsi : une secrétaire, une infirmière et une institutrice ; un musicien ; un instituteur, un commis et un agent de sécurité.) Toutes ces personnes résident à Québec ; le niveau de scolarité des étudiants est universitaire, premier cycle.
4. Protocole de cueillette des données
Comme dans nos recherches antérieures parmi des sociétés alphabétisées, les tests furent administrés par écrit afin de minimiser le jeu de la censure qui inhibe les réponses orales.
Les enquêteurs furent eux‑mêmes d'abord soumis aux tests. Ils durent ensuite suivre tous le même protocole. La démarche fut la suivante.
- 1. Brève présentation du test aux répondants, en privé, un à la fois.
- 2. Fiche sociographique : sexe, âge, résidence, niveau d'éducation, occupation.
- 3. Bon, je vais vous dire un mot. Vous aurez ensuite cinq minutes pour écrire tous les mots qui vous passeront par la tête à la suite du mot que je vous dirai. N'importe quoi, tout ce qui vous vient à l'esprit, dans n'importe quel ordre. Allons-y. Le premier mot est INDIEN.
- 4. Une fois les cinq minutes écoulées, on procéda de même avec le deuxième Mot, CANADIEN.
- 5. Enfin, après encore cinq minutes, le troisième stimulus était donné, QUÉBÉCOIS.
- 6. 'Bon, maintenant, je vais vous demander d'inventer un récit. Une histoire, dans vos mots à vous, que vous inventerez et dont les personnages seront un INDIEN, un CANADIEN et un QUÉBÉCOIS. C'est clair ? Un récit avec un INDIEN, un CANADIEN et un QUÉBÉCOIS. Un récit que vous inventez. Tout ce qu'il faut, c'est qu'il porte sur un INDIEN, un CANADIEN et un QUÉBÉCOIS. Vous avez cinq minutes pour inventer un récit avec, comme personnages, un INDIEN, un CANADIEN et un QUÉBÉCOIS.
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- La répétition, quatre fois, des stimuli dans l'ordre INDIEN, CANADIEN et QUÉBÉCOIS avait pour but de suggérer implicitement un ordre d'émergence des personnages dans le récit. Il se trouve que cet ordre est significatif dans le cas d'autres stimuli.
- Nous avons modifié la variable 'genre' dans un certain nombre de cas, à savoir : INDIEN, CANADIEN, QUÉBÉCOISE ; INDIENNE, CANADIEN, QUÉBÉCOISE.
L'introduction de cette variable dans le protocole a eu pour effet d'affecter à la fois les réponses TAL et les réponses TAN, qui prirent des tournures plus dramatiques. Les réponses aux stimuli dont au moins un est féminin, pour intéressantes et suggestives qu'elles soient, sont évidemment plus complexes que les autres et requerraient un traitement analytique ajusté à l'impact de la dichotomie sexuelle sur les données. On n'en traitera pas ici.
5. Analyse
Cette section comprend deux parties. La première présente, (1) la définition de catégories ou domaines sémantiques ('descripteurs' en terminologie technique) pour l'analyse de contenu des réponses TAL et (2) une analyse de contenu selon la dichotomie sexuelle des répondants. La deuxième partie porte sur l'analyse des récits (TAN) inventés par les répondants. On y traitera (1) de l'ordre d'émergence des personnages et (2) de l'action dramatique.
- 5.1. Analyse de contenu TAL
La méthode d'analyse de contenu repose sur la réduction d'une vaste diversité lexicale à des domaines sémantiques ('descripteurs') les couvrant. Ainsi, les mots 'blanc', 'noir', 'rouge', 'vert', 'bleu' seront assignés comme sa définition par liste au descripteur COULEUR ou au descripteur VISUEL (selon le degré de généralité visé). Les mots 'bottes', 'chemise', 'habit(s)', etc. seront assignés au descripteur VÊTEMENT. L'ensemble des descripteurs nécessaires et suffisants pour décrire un corpus forme ce qu'on appelle un 'dictionnaire de contenu'. De tels dictionnaires sont normalement définis pour chaque type de corpus (les dictionnaires prétendus 'universels' sont trop farcis d'ambiguïtés pour être précis). Chaque dictionnaire est donc un filtre, de données : il constitue une grille d'analyse. Il est souvent bon d'en structurer plusieurs pour chaque corpus, chacun correspondant à un angle, intérêt ou théorie différents. Dans ce rapport-ci, un seul dictionnaire est utilisé ; il est de caractère neutre et général. (Sur la méthode et autres questions techniques d'analyse de contenu, voir Maranda 1967a, 1967b, 1967c, 1968, 1971, 1972, 1976, 1978c ; Gardin 1973.)
- 5.1.1 Définition (par liste) des descripteurs :
Structure du dictionnaire
On le verra ci-dessous, le dictionnaire comporte dix domaines sémantiques et quarante-trois descripteurs. Les domaines regroupent donc les descripteurs selon des catégories qui émergèrent au cours d'analyses préliminaires.
Le premier domaine [40] porte sur la situation (politique) de l'Amérindien. On y trouve les descripteurs ayant trait à la nomenclature des groupes (Abénakis, Algonkins, etc.). Vient ensuite l'expression de jugements de valeur sur l'Amérindien : évaluation positive (1.2) et évaluation négative (1.3). Les traits extérieurs (apparence, l.4) suivent, puis en fait, un sous‑domaine de ceux-ci le vêtement (1.5). Avec 1.6, on passe à une expression plus abstraite des différences entre Amérindiens et autres. Ces différences prennent la forme de conflits et de droits des minorités (1.7), qui peuvent aller s'exacerbant jusqu'à la guerre (1.8), en contraste avec la paix (1.9). Enfin, toujours dans cette constellation associative, on a rangé le descripteur (qui est aussi un mot du corpus) COWBOY (1.10).
Le deuxième domaine regroupe tous les descripteurs qui ont trait à l'écologie. D'abord, les termes se rapportant à la cosmologie (2.1.), puis à la nature en général (2.2), à la géographie (2.3) dont on garde séparée, cependant, à cause de son actualité, la Baie de James (2.4). Ensuite, le climat et les saisons (2.5), les espèces animales (2.6), la chasse et la pêche (2.7), les noms d'animaux gibiers, les armes (2.8), l'alimentation (2.9), l'habitat (2.10), l'habitation (2.11) et l'ameublement (2.12). Suivent les déplacements, dont le paramètre 'distance' (2.13), Puis 'voyage' où un contraste apparaît entre voyage au moyen de modes de transport modernes (2.14) et voyage au moyen de modes de transport traditionnels (2.15).
Le troisième domaine de descripteurs a trait au temps (3.1) et à l'histoire (3.2).
Avec le quatrième domaine, on en arrive aux structures sociales : organisation sociale (4.1), langue (4.2), références à des catégories de personnes (4.3), à l'économique (4.4), à la culture (4.5), à la communication (4.6), pour terminer avec alcool (4.7) et tabac (4.8), domaine dont il faut noter les références à la paix ('calumet, et 'calumet de paix').
Mythologie et religion (5.1) forment le cinquième domaine qui comporte également les émergences du missionnariat (5.2).
Sixième domaine : traits de caractère ou états d'âme : donc, psychologie (6.1) et joie (6.2).
L'éducation forme à elle seule le septième domaine. Bien que ne comprenant qu'un seul descripteur, il doit son statut séparé au fait que les réponses d'hommes et de femmes y soient significativement différentes.
Le huitième domaine n'inclut que art et artisanat, références aux productions des Amérindiens.
Technologie moderne forme le neuvième domaine. Il faut d'ailleurs regrouper ce descripteur avec ameublement (2.12), ce dernier comptant principalement des appareils ménagers modernes.
Enfin, le dixième domaine regroupe les aspects visuels, et le onzième domaine est la classe des mots résiduels parce que leur ambiguïté ou leur faible fréquence ne permettent pas de les assigner à un descripteur.
Les quarante-trois descripteurs ci-dessus et les dix domaines dans lesquels ils sont répartis nous permettent de réduite la diversité des données à des dimensions où la prédominance de certaines s'avère significative.
À la suite de cette étude comme d'ailleurs à la suite d'autres du même type, il est [41] frappant de constater la finitude, les limites des ressources lexicales et sémantiques de l'être humain pour réagir à un stimulus quelconque (Maranda 1978c). Que ce soit le petit nombre de mots et de domaines sémantiques que nous ayons à notre disposition pour exprimer des émotions profondes ou que ce soit, comme ici, le stock disponible qui formera constellation associative avec INDIEN, on atteint rapidement un plateau où une redondance élevée signifie qu'on a épuisé son répertoire de ressources sémantiques. Dix domaines sémantiques et quarante‑trois descripteurs suffisent pour cerner les domaines dont la réitération par 61 personnes expriment leurs associations en réponse au premier stimulus. (En fait, on pourra vérifier que les réponses des dix‑huit autres répondants s'inscrivent toutes dans les descripteurs définis pour les soixante et un dont les données sont retenues dans cette phase de l'analyse.)
Tableau 1a.
Importance quantitative des domaines les uns par rapport aux autres

Parmi ces dix domaines et 43 descripteurs, voyons ceux qui sont les plus significatifs : d'abord pour les hommes comme pour les femmes ; ensuite, par sexe. Gardons toujours présent à l'esprit que le degré d'éducation de notre échantillon est plutôt élevé. La représentation des Amérindiens qui prend forme sous nos yeux témoigne donc d'un état de conscience qui a été soumis à l'action de notre appareil universitaire.
- 5.1.2. La situation de l'Amérindien :
écologie, politique et structure sociale
En premier lieu, quelles sont les fréquences les plus élevées ? Le Tableau 1 fournit les fréquences décroissantes par domaine (Tableau 1a) et par descripteur (Tableau 1b).
Les Tableaux 1a et 1b révèlent que les constellations associatives de notre échantillon sont organisées d'abord selon des axes écologique, politique et de structure sociale. D'abord, quant à cette description très générale que fournissent les domaines : ces trois axes rendent compte de 1212 émergences sur 1395, c'est-à-dire de 87 pour cent des réponses.
De façon plus détaillée, le Tableau 1b indique que les descripteurs minorités,
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Tableau 1b.
Importance quantitative des descripteurs les uns par rapport aux autres

position dans la nature, chasse et pêche, géographie, apparence de l'Amérindien, sa mythologie et sa religion, son organisation sociale, ses qualités, la terminologie qui le désigne, son habitation et ses armes sont des traits émergeant de façon prépondérante dans les réponses. [3] En effet, ces onze descripteurs (sur 43, donc 26 pour cent des descripteurs) recouvrent 840 émergences, c'est-à-dire 6o pour cent des données.
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Ces résultats proviennent d'une agrégation des répondants des deux sexes. Qu'en est-il des différences selon la dichotomie homme-femmes dans notre échantillon ?
Les différences ne sont pas significatives (après pondération pour les différences de répartition des répondants selon le sexe : 56 pour cent sont des femmes, 44 pour cent des hommes) quant aux domaines et descripteurs suivants. En effet, femmes et hommes réagirent dans les mêmes proportions en termes de (1) différences en général (de caractère plus abstrait) (1.6) ; (2) situation politique des minorités (1.7) ; (3) références à la nature (2.2) ; (4) habitat (2.10) ; (5) références au temps (3.1) ; et (6) références à la culture (4.5).
De ces axes, cependant, seules la situation politique et la référence à la nature sont quantitativement très importantes, les autres n'affichant que des émergences relativement faibles. On peut donc en conclure que les réactions des femmes et des hommes au Stimulus INDIEN coïncident sur deux dimensions fondamentales et sur quatre autres qui le sont moins.
Les femmes réagissent de façon plus différenciée, et avec plus de ressources sémantiques que les hommes. Ainsi, elles dominent sur 23 axes de description alors que les hommes, eux, ne dominent que sur 11. Passons-les brièvement en revue au moyen du Tableau 2.
D'abord, il faut noter qu'ici comme dans d'autres études du même type (Maranda 1978a, etc.), les femmes ont plus de ressources lexicales que les hommes (la différence est significative à 0,10 > p > 0,05, car X2 = 3,157). Or les femmes affichent des émergences significativement plus élevées qu'on ne s'y attendrait théoriquement dans cinq cas, les hommes dans trois cas. Le Tableau 3 donne ces valeurs.
La Figure 1 illustre l'aire de chevauchement et les aires de prédominance selon la dichotomie sexuelle des répondants. Mentionnons d'abord que la différence entre ces distributions est fortement significative (X2 = 24,609, p < 0,001) : les femmes l'emportent décidément sur les hommes à cet égard. C'est-à-dire qu'elles sont plus ouvertes que ceux‑ci à des dimensions qui n'émergent que chez une minorité d'entre eux. L'écart maximal des femmes par rapport aux hommes se trouve sous 'Apparence' et 'Mythologie et religion' ; celui des hommes par rapport aux femmes, sous 'Guerre'. En fait, on peut regrouper (Figure 1) les descripteurs prédominant chez l'un et l'autre sexes. Pour les femmes, on aura un éventail plus déployé que dans le cas des hommes. Leur espace sémiogénétique est plus vaste que celui des hommes (longueur du rayon le long duquel il se construit de 350mm par rapport à 300mrn pour ceux‑ci). Les femmes mettent donc en œuvre un plus grand nombre de dimensions et elles en poussent l'exploration plus avant, bien que, assurément, elles aient suffisamment de stock sémique en commun avec les hommes pour que puisse être ainsi assurée la base de communication entre les deux sexes quand ils se parlent d'Amérindiens.
Il semble donc que les images que les femmes et les hommes ‑de notre échantillon se font spontanément de l'Amérindien au niveau de l'infra-discours chevauchent considérablement : nature, culture, position des minorités, etc. Elles diffèrent selon ce qu'on pourrait considérer les stéréotypes traditionnels des femmes et des hommes que véhicule notre idéologie. Celles-là se montrent plus évocatrices d'aspects personnels (dont l'apparence), intériorisés, humains, et elles se soucient d'éducation. Ceux-ci,
[44]
Tableau 2.
Répartition des descripteurs selon la dichotomie sexuelle des répondants,
ordre de fréquences décroissantes

plus évocateurs d'agressivité, laissant par ailleurs émerger un lexique ayant trait aux espèces animales.
Bien sûr, notre étude trace tout autant une psychographie des répondants que leur conception de l'Amérindien. Mais l'image de l'Amérindien est forcément définie par [45] la mentalité de ceux qui la portent. Les femmes, à cause de leur conditionnement général par notre culture, font preuve d'une attitude plus ouverte, plus sympathique (voir ci-dessous, note 4). Et les hommes, pour les mêmes raisons de conditionnement culturel, feraient preuve, eux, d'une attitude plus 'superficielle' et plus politisée.
Il faut maintenant examiner les récits inventés par les répondants afin de voir si ces deux attitudes se vérifient dans les syntagmes dynamiques.
Figure 1.
Aires de chevauchement et de différences significatives
selon la dichotomie sexuelle des répondants

Tableau 3.
Divergences significatives selon la dichotomie sexuelle des répondants

- 5.2 Analyse de récits
Les syntagmes narratifs inventés par les répondants dans ce type-ci d'enquête sont [46] courts : les auteurs n'ont que cinq minutes pour les écrire. Ils varient de résumés d'histoire à des projections révélatrices d'attitudes ou de préjugés. Ainsi, on trouvera sous la plume d'une femme (F11) un récit codé, comme on le verra plus bas (5.2.3) sous 'Histoire et relations de colonisation'.
- Ce que je vais vous raconter, je le tiens de mon grand-père comme la vérité vraie. Il y avait un Canadien à Ottawa, un Québécois à Québec et un Indien dans le nord du pays. Tous trois ne vivaient pas en harmonie : le Canadien voulait prendre le pays du Québec qui voulait prendre le pays de l'Indien. L'Indien, lui, n'avait jamais rien réclamé. Il possédait la sagesse enseignée par ses ancêtres. (F11)
Par contre, un homme (M04) a rédigé le texte suivant, codé plus bas sous 'Relations harmonieuses Indien-Québécois'.
- Un Québécois est comme l'Indien. Il aime la nature, vivre en plein air, se retrouver en amis pour pratiquer un sport, ou faire une activité. Il désire avant tout vivre pleinement avec ce qui l'entoure, ceux qui l'entourent. Vivre en harmonie avec lui-même, ne pas subir les contraintes d'un puritanisme qui accablent (sic) le Canadien, qui l'empêche d'être exubérant, de faire des folies quand il le veut et où il le veut. Il aime ... (M04)
L'analyse portera d'abord sur l'ordre d'émergence des personnages dans les récits (5.2. 1) ; viendra ensuite l'examen des coordonnées de l'action dramatique (5.2.2) et une analyse sommaire des thèmes explorés (5.2.3)
- 5.2.1. Ordre d'émergence des personnages
Comme indiqué ci‑dessus (Section 4), on insiste implicitement dans le protocole de présentation des TAN sur l'ordre des stimuli. Outre que cet ordre est conforme à celui suivi dans les TAL, on répète quatre fois qu'il devra s'agir d'un INDIEN, d'un CANADIEN et d'un QUÉBÉCOIS.
Dans le cas d'autres stimuli (par exemple, SERPENT, FEMME et HOMME), que l'on répète également dans cet ordre quatre fois dans le protocole, la majorité des répondants (surtout les 'White Anglo‑Saxon Protestants' de Vancouver) 'rétablissent' l'ordre 'normal' et inventent des récits où l'HOMME vient d'abord, puis la FEMME et, enfin, le SERPENT. On se conforme ainsi au stéréotype qui veut que, dans nos idéologies, l'humain vienne avant l'animal et, chez les humains, l'homme avant la femme (pour présentation et discussion des données, voir Maranda 1977c)
Ici, retenant 49 récits complets de ce point de vue, nous voyons que la distribution aléatoire ne joue pas non plus. Si, en effet, chacun des six ordres possibles (Tableau 4) émergeait indifféremment, environ 16 pour cent des récits suivraient chaque ordre. Si, par contre, la majorité des répondants était docile à 1"imprinting' du protocole, elle respecterait l'ordre INDIEN, CANADIEN, QUÉBÉCOIS. Les déviations seraient donc, normalement, significatives.
Le Tableau 4 résume les données de 49 récits complets.
Utilisant le test du X2, on voit que seuls (i) est fortement significatif (p < 0,01) et que (ii) l'est à p < 0,05. Il faut donc en conclure qu'un nombre de répondants non attribuable au hasard a suivi l'ordre suggéré dans le protocole (la variable sexe n'est [47] pas significative ici). Quant à (à), il est intéressant de constater qu'il dévie du modèle en ce que QUEBECOIS y précède CANADIEN dans un nombre de cas non négligeable ce qui est congruent avec les récits où l'on donne le Québécois et l'Amérindien comme associés (ci‑dessous, 5.2-3) soit en tant que victimes du Canadien, soit en tant que s'alliant contre lui.
TABLEAU 4.
Ordre d'émergence des stimuli dans les TAN

*Valeur théorique : 8,2
Additionnant toutes les déviations de l'ordre des Stimuli où QUÉBÉCOIS n'est plus en dernière position (le modèle du protocole), on obtient (ii) + (iii) + (iv) + (v), Soit 12 + 6 + 5 + 4 = 27. Or, ceci est hautement significatif (x2 = 48, 72). Il semble donc que le facteur ethnocentrisme joue un rôle important dans notre échantillon. Il faudrait voir si le même test, donné à des anglophones, à des Italiens, ou à des membres d'autres groupes ethniques, produirait des déviations semblables.
- 5.2.2 Coordonnées de l'action dramatique
C'est dans des proportions à peu près semblables que les femmes et les hommes situent l'action dramatique dans le Nord, au Canada, au Québec, à la Baie de James, ou en pleine nature (surtout les bois, forêts, rivières). Les saisons comptent peu, non plus que la mythologie, la religion, la technologie ; la situation politique des minorités est cependant un ressort important de l'action (17 fois chez les hommes et 17 fois chez les femmes).
L'éducation comme dans les réponses TAL n'émerge que chez les femmes ; 'relations humaines ou personnelles' (v. le descripteur 4.3) prédominent chez elles également (15 fois contre 4 chez les hommes). Et, il en est de même (comme dans leur TAL), de 'chasse et pêche' (descripteur 2.7) : 5 fois contre 2 chez les hommes.
Mais, alors que 'alcool' (descripteur 4.7) domine dans les réponses TAL des hommes, dans les réponses TAN, c'est chez les femmes qu'il apparaît le plus (7 fois, contre 2 fois chez les hommes).
Dans les récits des hommes plus que dans ceux des femmes, on trouve un domaine qui n'avait pas émergé dans les TAL : 'métiers et professions'. Il s'agit, chez les hommes, de 'marin', 'infirmières', 'docteur', 'médecin', 'boss', 'garçon de table' et 'plongeur' (laveur de vaisselle) ; chez les femmes : 'soldat-parachutiste', 'bûcheron', 'garde-chasse', 'métier', et 'étudiants'.
[48]
TABLEAU 5a.
Grille de codage des thèmes et fréquences par sexe
(récits complets seulement)

1.2 est une sous-classe de 1.1 qui mérite cependant d'en être distinguée.
- 5.2.3 Thèmes explorés
On verra d'abord les types de relations que les auteurs des récits établissent entre les trois personnages. Ensuite, on passera en revue les thèmes les plus fréquents dans les structures narratives. Les types de relations entre les trois acteurs se définissent en 'bonnes' dans 11 cas (chez six femmes et chez cinq hommes), en 'neutres' dans 21 cas (onze femmes et dix hommes) et en 'mauvaises' dans 27 cas (quinze femmes et douze hommes), c'est-à-dire dans 46 pour cent des récits.
Quant aux thèmes, ils ont été codés selon une grille tenant compte de l'action dramatique et du message qu'ils communiquent. Leur répertoire, par ordre d'importance fréquentielle, se trouve dans le Tableau 5 (a et b). C'est donc l'histoire de la colonisation et les relations d'exploitation, d'oppression, etc. (deux récits dans cette catégorie sont d'inspiration marxiste) qui la structurent, qui prédominent dans le corpus. On pouvait s'y attendre (ici encore, qu'en serait-il des récits inventés par des non-Québécois ?).
78 pour cent des récits de femmes et 95 pour cent de ceux des hommes s'inscrivent dans les thèmes 1. 1, 1. 2 et 2. Là, se trouve donc l'essentiel du dynamisme narratif des répondants. (D'ailleurs, on pourrait considérer 4 comme une sous-classe de 2 et 3, comme une sous-classe de 1, ce qui porterait à 98 pour cent les récits de femmes et à 100 pour cent ceux des hommes à s'inscrire dans les catégories 1.1, 1.2 et 2.)
Un résumé de l'univers sémantique qui se déploie dans les diverses versions inventées par les répondants prendrait la forme suivante :
- 1. L'Amérindien est un être spécial ; son contact étroit avec la nature en fait quelqu'un de supérieur (thème 2) ;
- 2. on peut espérer s'articuler soi-même, Canadien ou Québécois, à ce fonds d'humanité authentique (thème 4).
- 3. Mais c'est le Québécois, plus que le Canadien, qui peut participer à cette vérité existentielle (thème 1.2) ; [4]
- 4. car Amérindiens et Québécois sont tous deux opprimés par un mode de vie impérialiste et technocrate lequel régit l'histoire des colonisés en même temps qu'il gâte et pollue la nature (thème 1.1).
- 5. Autrement, c'est l'hostilité réciproque qui prédominera (thème 3) ;
- 6. à moins que l'ivresse ne donne, faussement, l'impression d'harmonie collective et de fraternité (thème 5).
[49]
Tableau 5b.
Répartition des données selon le codage

6. Conclusion
Cette exploration à travers ses manifestations plus ou moins éparses dans nos données, de ce qu'on pourrait appeler la sémiogenèse de la représentation de l'Amérindien par un groupe de Québécois urbains, jeunes et instruits, suggère un certain nombre de démarches qui permettraient d'approfondir les représentations collectives des autochtones parmi nous.
D'abord, parmi les Amérindiens eux-mêmes. Il est sans doute significatif que pour le petit nombre d'entre eux à qui on a fait subir le test, le Québécois soit un missionnaire, le Canadien, un membre de la Gendarmerie royale et l'Indien, en prison. Il faudrait faire subir le test à des échantillons représentatifs d'Amérindiens de diverses parties du Canada.
Ensuite, il faudrait l'utiliser de nouveau à Québec, ou au Québec, cette fois définissant des échantillons plus vastes et plus représentatifs que le nôtre.
Des signifiants ont émergé dans les réponses TAL de nos informateurs, qui ont ensuite inventé des récits autour des mêmes stimuli dans leurs réponses TAN. Les stocks de 'limaille sémantique' 'magnétisés' par INDIEN dans le TAL, sont structurés principalement par les champs 'politique' et 'nature'. Or ce sont effectivement ces mêmes champs qui fournissent leur armature à la majorité des récits. Tout se passe donc comme si la paradigmatisation, au niveau lexical, était déjà sous l'influence d'une syntagmatisation inchoative.
Dans cette sémiogenèse, les interpénétrations des deux axes (paradigmatique et syntagmatique) semblent directes et évidentes. Cela est sans doute dû au rendement sémantique relativement faible des stimuli utilisés (43 descripteurs, vs. plus de 200 nécessaires pour les réponses TAL aux Stimuli SERPENT, FEMME, HOMME). En effet, de telles interpénétrations sont beaucoup plus subtiles lorsque nous travaillons avec [50] d'autres stimuli (Maranda, sous presse). On est porté à croire que la force de la relation paradigme-syntagme est inversement proportionnelle à la fréquence et à l'importance (mesurée par sa position dans un réseau probabiliste) des stimuli dans l'infra-discours d'une population donnée. C'est là une hypothèse sémiogénétique qui est vérifiable.
NOTES
RÉFÉRENCES
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RÉSUMÉ
Cet article porte sur la sémiogenèse d'une représentation collective. À partir de quelles composantes se structure l'image de l'Amérindien parmi de jeunes adultes québécois ? On y présente d'abord un protocole d'enquête pour aborder expérimentalement la cueillette de données pertinentes ; on y traite ensuite de l'analyse de ces ensembles paradigmatiques et de ces chaînes syntagmatiques pour tracer le profil d'une sémiogenèse.
ABSTRACT
This paper deals with the dynamics of socio-cultural meaning. Serniogenesis is an approach to investigate experimentally the mechanisms at work in the construction of collective representations. Protocols were used to elicit data in the form of paradigmatic sets (Word Association Tests with only three stimuli) and syntagmatic chains (Plot Association Tests with the same three stimuli). A semiographic [52] analysis follows, whose goal is to map out the semantic processes through which the image of the Amerindian is built among young adults of Québec City.
Pierre Maranda est professeur d'anthropologie à l'Université Laval, Québec. Il a travaillé sur le terrain à Malaita, Îles Salomon et parmi les Amérindiens de la côte nord-ouest du Pacifique au Canada et il poursuit des recherches sur les processus sémiogénétiques au Québec et en France. Il a publié, entre autres ouvrages, French Kinship : Structure and History (1974), a dirigé Soviet Structural Folkloristics (1974) et contribué à plusieurs recueils parmi lesquels Textprocessing/ Textverarbeitung (1979), The Reader in the Text (1980), The Logic of Culture (1981). Son prochain ouvrage portera sur la sémiogenèse.
[1] Il existerait des différences intéressantes, cependant, dans la façon d'utiliser les coordonnées cartésiennes, selon qu'on est anglophone ou francophone. Abrahams (1978 :30) suggère que 'American intellectual tradition has focused more on space than time in constructing our distinctive pioneer-puritan world view. Truly our overwhelming fascination with spatializing time through our focus on life as a pilgrimage, a journey, a trip seems to have subordinated the temporal dimension of our traditions. The French, on the other hand, seem to operate exactly the opposite, temporalizing space i.e., turning spatial determinants into temporal factors.' En effet, il semble bien que l'historien Braudel (1940), entre autres, opère exactement ce genre de subordination du temps à l'espace lorsqu'il traite de la Méditerranée, par exemple, comme la matrice de l'histoire de ses côtes.
[2] L'analyse des réponses TAL est restreinte à INDIEN. En parcourant les réponses TAL aux stimuli CANADIEN et QUÉBÉCOIS, on verra que le premier élicite des thèmes comme 'impossibilité', 'crise', 'confusion', 'identité', 'Trudeau', 'Clark', 'hiver', 'feuille d'érable', etc. et le second 'fierté', 'joie de vivre', 'indépendance', 'folklore', 'Lévesque', 'référendum', 'chômage', 'France', 'hockey', 'hiver', 'feuille d'érable', 'fleur de lys', etc.
[3] Comparer les données pour le Québec dans Gibbins & Ponting, 1978a, surtout leur tableau 2.2, p. 10. Il faut dire, quant à la catégorie 'knowledge' de ces auteurs, que leurs stimuli furent malheureusement définis pour une population anglophone et ne me semblent pas applicables au Québec, où il aurait fallu parler de Max Gros-Louis, la Baie de James, etc. V. Gibbins & Ponting, 1978a : 13-18, 38.
[4] Comparer Gibbins & Ponting 1978a : ligure 5.1 et p. 28, sur le 'relatively high level of sympathy' pour les Amérindiens des répondants québécois, qui affichent les scores les plus élevés. La solidarité entre minoritaires est mentionnée par ces auteurs (1978b : 30) comme pouvant être un facteur dans cette attitude. Voir aussi Pineo 1977.
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