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Psychanalyse : vision du monde ?

Présentation
De qui, de quoi nous parle la psychanalyse ? De l’homme, bien sûr. Oui mais... de quoi nous parle-t-elle, de l’homme. Et à partir d’où, de quoi ?
Il y a la psychanalyse comme pratique clinique, et la psychanalyse comme corpus théorique, chacune s’appuyant sur l’autre. Prétend-elle donc ériger un savoir ? À la façon de la science dite expérimentale qui veut « observer » son objet, nous parle-t-elle de ses « observations », articulant un « point de vue » sur cet objet « homme-sujet » ? Se retrouverait-elle ainsi dans l’illusion de celui qui a pris le dos du chameau pour une montagne parce que la partie qu’il voyait, partielle, s’interprétait dans son contexte... Sinon, de quel ordre est son savoir ? Peut-elle se dire une science ? Et peut-on tenir les mêmes raisonnements lorsqu’on parle de la dimension de la pratique clinique, centrée sur l’histoire de tel individu, que lorsqu’on discute du corpus théorique fait d’hypothèses et de propositions générales ?
La psychanalyse cherche à cerner le jeu de l’inconscient chez l’être humain. Mais nous parle-t-elle de l’inconscient, ou à partir de l’inconscient ? ; et comment y répondre puisque l’inconscient serait, par définition, « ce qui fuit »... ? Elle s’intéresse à l’homme « qui parle », mais qu’est-ce à dire au juste ? Au fait, où en était la philosophie dans sa conception de l’homme au [12] moment où vint Freud ? La psychanalyse répond-elle à une certaine conception de l’homme ? Relève-t-elle d’une idéologie, d’une religion, nous assurant de rendre les hommes meilleurs ?
Après s’être intéressée aux rapports entre la psychothérapie psychanalytique et la psychanalyse lors de son premier colloque en mai 1987, et après s’être posée comme question « L’analys(t)e a-t-elle (il) un sexe ? » lors de son deuxième colloque en mai 1988 [1], l’APPQ (l’Association des Psychothérapeutes Psychanalytiques du Québec) met ces questions sur la table pour son troisième colloque. Son titre, Psychanalyse : Weltanschauung ?, reprend un terme utilisé par Freud qui déjà s’inquiétait de ces questions. Aujourd’hui, en mai 1989, des gens de formations diverses, psychologues, philosophes, littéraires, psychiatres, mais tous avec une orientation psychanalytique, ont été invités à venir discuter sur ce thème autour de tables rondes.
La table ronde de l’avant-midi réunit, dans l’ordre : Jean-François Saucier, Hubert Van Gijseghem et Claude Brodeur. Jean-François Saucier, partant de l’idée que la méthode scientifique teste des propositions et non des individus, parle de la nécessité et de la possibilité d’une vérification expérimentale des hypothèses psychanalytiques. Hubert Van Gijseghem fait un tour d’horizon sur la question de la « scientificité » de la psychanalyse et des critiques qui ont réfuté cette prétention, pour nous amener à reprendre la question du point de vue de l’herméneutique, c’est-à-dire à partir d’une compréhension des rapports de sens et non de causalité. Claude Brodeur, pour sa part, à partir de réflexions sur sa propre expérience analytique, tente de redonner sa place à une rigueur, qu’il veut scientifique, de la pratique psychanalytique ; il retrace dans la seconde partie de son texte, le « profil du psychanalyste », à la fois au niveau de sa personne et au niveau de sa méthode de travail.
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La table ronde de l’après-midi, qui réunit Doris-Louise Haineault, Lise Monette et Robert Richard, prend une tonalité très différente. Doris-Louise Haineault enracine son discours dans la clinique et approche la question de la « vision du monde » à partir de la question du devenir du thérapeute : d’où s’origine et se développe la vision du monde conduisant l’un(e) ou l’autre à la profession psychanalytique. Lise Monette et Robert Richard, pour leur part, nous amènent en philosophie. Lise Monette adopte une forme allusive, faite de différents jalons, où elle nous parle de la fragilité du savoir conscient, la Weltanschauung étant, pour reprendre ses termes, « marquée du sceau de la relation d’inconnu ». Quant à Robert Richard, il aborde le thème d’aujourd’hui par le vaste panorama de l’histoire de la philosophie occidentale, pour y situer le point tournant qu’a constitué l’élaboration freudienne ; point tournant qui allait ébranler les fondements de la connaissance, tant scientifique que philosophique.
Comme par les années passées, les textes sont reproduits en respectant l’ordre de la journée. Chacune des tables rondes est suivie d’une période de discussion, dont les transcriptions sont également ici publiées [2].
Jeanne Beaudry
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[1] Les actes de ces deux colloques ont été publiés sous les titres respectifs de Psychothérapie psychanalytique - Psychanalyse (colloque de mai 1987) et de L’analyse(t) a-t-elle (il) un sexe? (Colloque de mai 1988), aux Éditions du Méridien, et sont disponibles en librairie.
[2] Chaque auteur conserve l’entière responsabilité du contenu de son texte.
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