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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

À sol perdu. Haïkus de saison (2019)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Richard Fournier, À sol perdu. Haïkus de saison. Préface de Abigail Friedman. Montréal: La Compagnie à numéro, 2e édition, 2019, 88 pp. [L’auteur nous a autorisé la diffusion en libre accès à tous de ce livre dans Les Classiques des sciences sociales le 14 février 2025.]

[5]

À sol perdu.
Haïkus de saison.

Préface

Abigail Friedman
Washington DC, février 2015

On se représente souvent les poètes comme autant de figures d’un personnage solitaire laissé seul à écrire ses vers dans la semi-obscurité d’une mansarde ou réfugié en montagne à quelque endroit brumeux. Nulle part cependant cette image ne saurait moins convenir à la réalité s’agirait-il du haïku et des poètes le pratiquant. Car, avant tout, le haïku est une forme partagée de poésie. Ce qui s’applique autant à la façon traditionnelle dont fut composé le haïku qu’à son aspect essentiel d’un dialogue entre le poète et le lecteur ou entre l’auteur et ceux et celles venus avant lui.

Le haïku tire son origine d’une ancienne forme de poésie japonaise, haikai no renga, ensemble de vers liés l’un à l’autre, par lequel soit deux poètes soit plusieurs composent collectivement un poème. L’un des poètes commence par établir le premier vers ou hokku. L’auteur suivant [6] compose le second vers et ainsi de suite, l’échange se poursuivant entre les deux ou avec le groupe en place jusqu’au poème achevé. L’innovation de Matsuo Bashô fut de s’arrêter au premier vers, le hokku, en l’établissant comme un poème de plein droit. Avec les années, le hokku se développa jusqu’à devenir le haïku d’aujourd’hui.

La façon dont il y a quelques années j’allais faire la connaissance de Richard Fournier tient à ce qui fait l’essentiel du haïku, son aspect d’être une forme partagée de poésie. J’ai d’abord appris à écrire des haïkus au Japon en 2001. Comme j’aimais lire des haïkus, une personne de ma connaissance, en ayant entendu parler, tint avec insistance à m’inviter à me joindre à son groupe de haïku et à commencer d’écrire les miens. Il existe des milliers de groupes de haïku au Japon. À ce jour, il s’agit de l'une des façons les plus répandues par laquelle les poètes de haïku, autant les amateurs que les experts, vont travailler et partager cet art. Nous allions apporter à la réunion des haïkus que nous avions composés, à cette fin de les partager avec le groupe. Le nôtre, notre groupe, se trouvait dirigé par une poète de haïku de renom, Momoko Kuroda. Momoko Kuroda nous disait qu’un haïku est une offrande de notre corps et de notre âme [7] et qu’il y a quelque chose de magique à partager cette part de nous-mêmes entre amis, lorsque réunis pour lire des haïkus à haute voix.

Ma pratique du haïku s’étiola quand j’eus quitté le Japon. À mon arrivée à Québec, deux années plus tard, je savais que j’aurais besoin d’un groupe haïku pour me ramener sur la voie de l’écriture du haïku. Ce fut donc pour ce motif très égoïste que je fondai dans cette ville le groupe Haïku Québec. Je ne connaissais aucun poète de haïku à Québec et n’avais aucune idée de qui se présenterait.

Tout ce temps, un autre poète, Richard Fournier, poursuivait parallèlement son propre cheminement. Quelque chose dans les perspectives d’un groupe haïku résonna aussi chez lui. Les Japonais disent Ichi go ichi e (traduction libre : la vie nous donne une chance, une rencontre) ; dans cet esprit, nos chemins se croisèrent. Nous écrivîmes des haikus ensemble pendant plusieurs années en tant que membres de Haïku Québec. La rencontre se tenait au cœur du Vieux-Québec, Chaussée des Écossais, dans la petite bibliothèque du Morrin Centre. Plusieurs des poètes écrivaient en français, certains en anglais. Quelques-uns parmi nous, tel Richard, écrivaient dans les deux langues, selon [8] que l’inspiration leur venait. Quelques membres avaient écrit des haïkus auparavant, tandis que d’autres y étaient exposés pour la première fois. Les habitués venaient de Québec, mais aussi, de temps en temps, de Montréal, Trois-Rivières ou de Drummondville. Nous avions tous en commun d’être fascinés par le haïku. Je participai au groupe jusqu’à mon départ en 2007. Notre groupe, Haïku Québec, s’est maintenu et développé, ayant attiré bon an mal depuis ses débuts quelque trente-six personnes autour d’un nombre plus stable d’une vingtaine de membres.

Un jour, il y a peu, je reçus ce manuscrit des haïkus de Richard. Avec grand plaisir et une profonde émotion, je parcourus tous ses poèmes. Ce sont là œuvre d’un poète qui, de ces formes poétiques, a su maîtriser la plus petite. Avec les haïkus de Richard, nous entrons en son cœur et son âme, mais nous touchons aussi notre propre humanité :

lit du ruisseau -

un lièvre blanc au fond

mourir en hiver

[9]

Je suis ravie qu’à travers ce livre, les poèmes de Richard Fournier, créés au milieu d’un petit groupe à Québec, puissent maintenant être appréciés et aimés d’un ensemble plus étendu de lecteurs.

Abigail Friedman
Washington DC, février 2015 [1]

[10]


[1] Abigail Friedman est l’auteure chez Stone Bridge Press de The Haiku Apprentice : Memoirs of Writing Poetry in Japan (2006) et de I Wait for the Moon. 100 Haiku of Momoko Kuroda (2014). Elle est lauréate (2014) du Premier prix de la Section Internationale au 18e Concours de Haikus du Mainichi.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 30 mai 2025 7:52
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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