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Revue CRITÈRE, No 23,
“La région.”
LE RÉGIONALISME
“Les régionalismes
dans le monde.”
Jacques DUFRESNE
Au retour d’une longue tournée de conférences faite récemment à travers le monde, le biologiste René Dubos se disait étonné de l’ampleur prise partout par la question régionale. [1] À son avis, elle sera au cœur du débat politique dans les années à venir. Or René Dubos, l’auteur de Nous n'avons qu’une terre, n’est pas un homme à qui l’on pourrait reprocher d’être aveuglé par un nationalisme étriqué. Il a d’ailleurs pris soin de préciser que le régionalisme actuel ne lui paraît pas réductible aux nationalismes d'avant-guerre.
S’il évoque un rêve écologique plein de candeur, le mot régionalisme exprime aussi une nécessité : il faut rétablir les solidarités de base, ne serait-ce que pour empêcher le coût des services publics de s’accroître indéfiniment. Le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, a récemment posé le problème en des termes très clairs :
- Il n’y a rien qui puisse remplacer les relations de voisinage et les systèmes d’aide réciproque qui existent dans le secteur privé. Aucune société ne pourra se passer de ces voisins qui se connaissent entre eux et qui se sentent responsables pour d’autres qu’eux-mêmes et leur famille. L’idée que le gouvernement pourrait, si on le voulait, assurer ces services, implique que les taxes tripleraient car alors on devrait engager une personne à plein temps qui ne s’impliquerait pas dans le système comme le ferait une personne directement concernée.
- Mon message est simple : le volontariat n’est pas un luxe, il est une nécessité dans une société qui veut sincèrement satisfaire les besoins humains. Et nous devons le promouvoir [10] de toute urgence en faisant converger vers un même but les efforts du gouvernement et l’activité humaine en général. Nous devons trouver une façon de recréer l’esprit de voisinage et d'entraide qui existait avant la mobilité, l’anonymat et le surcroît d’information qui furent amenés par la prospérité. [2]
On connaît les problèmes écossais, belges, bretons et basques. La question régionale a également été soulevée aux États-Unis et en URSS. La dénominateur commun de tous ces mouvements qui, on le verra, diffèrent considérablement les uns des autres, est la recherche d’un tissu social qui serait pour les humains l’équivalent de ce milieu naturel que les écologistes nous ont appris à admirer. Dans une remarque sur le nationalisme, Philippe Ariès a très bien évoqué cette recherche :
- La démarche régressive du nationalisme, ces fouilles passionnées, cette quête fiévreuse de traces généalogiques, cette soif d'une langue d’origine, sont au fond la recherche d’une loi perdue, qu’il faut retrouver et restaurer pour maintenir une communauté humaine en danger de désintégration. La violence bien connue dont sont capables de tels mouvements est à la mesure du désespoir qui les suscite.
Rappel des finalités
Les solidarités de base sont constituées par un tissu de liens inconditionnels semblables à ceux qui forment la trame des sociétés traditionnelles. Un vieillard se trouve-t-il seul dans un village, il se sent rassuré parce qu’il sait qu’un voisin lui apportera de la nourriture. Le pauvre et le malade savent qu’ils pourront raconter leurs infortunes au curé, au cordonnier ou au marchand général. Les idiots font partie du paysage familier. Certes, la pression sociale est omniprésente dans ces comportements civilisés. Il en résulte néanmoins un réseau de relations inaltérables qui constitue la seule assurance sociale qui ait jamais existé, ce que nous appelons aujourd’hui de ce nom n’étant qu’une assurance étatique.
La finalité première du politique est de veiller sur les liens inconditionnels dont chaque individu a besoin pour s'accomplir.
L'univers des liens inconditionnels étant apparenté au monde clos de l’instinct, les individus les plus créateurs [11] s’y sentent presque toujours à l’étroit. Il faut donc veiller à ce qu'il y ait une ouverture telle qu’ils puissent eux aussi s’y accomplir. C’est la seconde finalité du politique. S’il faut que les sujets de Créon puissent exercer leur métier en paix, il faut également qu’Antigone puisse enfreindre les lois écrites par respect pour les lois non écrites.
La raison et la vie
Tels qu’on les trouve dans les sociétés traditionnelles, les réseaux de liens inconditionnels ne sont pas le produit d’une intervention de la raison. Ils sont, d’une part, le prolongement à peine réfléchi du comportement instinctif et, d'autre part, le fruit d’un rayonnement direct du divin. Il n’est pas nécessaire de croire en Dieu pour admettre qu’il puisse en être ainsi. Il suffit de reconnaître que dans les sociétés traditionnelles la religion a toujours été une source d’inspiration déterminante. À la fin de Village Immobile, ouvrage qui, en raison de sa belle rigueur scientifique, a fait école en matière d’études locales, Gérard Bouchard écrit :
- La recherche des fondements d’une solidarité villageoise nous a fait passer en revue le rôle des institutions politiques, de la famille et de la seigneurie. Aucune de ces institutions ne nous a paru susceptible de fonder l’intégration sociale. C’est finalement dans l’univers religieux et les manifestations auxquelles il donnait lieu que nous avons cru trouver Je facteur essentiel. [3]
Nous voudrions aujourd’hui recréer quelque chose d’analogue, mais nous nous sommes entretemps éloignés de l’animal et du divin au point de n’en avoir conservé que la caricature. La raison est le seul instrument dont nous disposions pour agir sur notre propre destin. Or y a-t-il quelque chose de plus dérisoire que la prétention actuelle à faire renaître la vie de la raison ?
Il faut se défouler, il faut se libérer ! Dans le domaine psychologique et moral, l’illusion rationaliste affleure à travers cet impératif qui, en dépit de son absurdité manifeste, est en train de devenir le leitmotiv de la majorité des occidentaux. Quoi ! La raison qui limitait jadis l’expansion de nos instincts devrait maintenant intervenir [12] pour leur donner l’élan initial ? Pourquoi cette injection d’idéal dans la nature, sinon parce que, d’une part, nous n’estimons plus cette nature assez vigoureuse pour se réveiller par elle-même et que, d’autre part, nous sommes prêts à tous les mensonges pour avoir l’illusion de la spontanéité.
Dans le domaine écologique, le combat paraît moins insensé. On ne prétend pas refaire artificiellement le milieu naturel. On s’efforce plutôt d’annuler par des inventions humaines les effets négatifs d’inventions précédentes et on mise, quant au reste, sur le pouvoir de « résilience » de la nature. C’est dans cette science qu’il faut chercher des exemples pour l’action dans les autres domaines. Ce dont précisément nous avons besoin, c’est d’une méthode permettant de mettre la raison au service de la vie sans dénaturer cette dernière.
Il faut supposer au point de départ que le pouvoir de « résilience » existe non seulement dans la nature, mais aussi dans l'homme et dans la société, que sous les cendres les plus mortes il existe encore des étincelles n’ayant besoin que d’un milieu favorable pour reprendre vie.
Descartes a défini une méthode permettant de rendre l’homme maître et souverain de la nature. La méthode que nous cherchons est destinée à remettre l’homme en symbiose avec la nature maîtrisée. Si, dans le premier cas, il fallait, pour réussir, une aptitude à distinguer les idées claires, il faut dans le second être en mesure de distinguer ce qui est authentique de ce qui est mimé. Cette faculté, qui est l’intelligence propre au vivant, se développe en même temps que la vie elle-même. Elle est donnée.
Le danger de mimétisme est inhérent au mouvement de retour à la vie. Il est particulièrement manifeste dans le domaine social. « We must, dit Jerry Brown, find a way to re-create the spirit of neighborliness. » Le mot « créer » avait d’abord servi à désigner l'action de Dieu tirant le monde du néant ; il a ensuite été étendu à l’action transformatrice de l'homme. Ce dernier est maintenant invité à recréer ce qu’il a lui-même détruit par ses œuvres antérieures. La chose est au-dessus de ses forces. Nous ne pouvons pas créer. Nous pouvons tout au plus veiller sur la flamme et souffler sur elle. Prométhée, celui qui a ravi le feu aux dieux, était lui-même un demi-dieu ; nous ne sommes que des vestales. Le rêve vestalien doit remplacer le rêve prométhéen.
[13]
Les racines ou les tentacules ?
Les auteurs du Livre Blanc sur le développement culturel semblent avoir aperçu la difficulté dont nous parlons :
- L’objectif est toujours de décentraliser l'action culturelle de l’État de manière qu’elle corresponde à des besoins concrets, pressants, souvent élémentaires. Si la déconcentration s’opère au moyen d’agents détachés d’un centre administratif et relevant de lui, on aura tôt fait de constater que ce que l'on aura conçu comme un tissu de racines s’apparentera plutôt à un système de tentacules. [4]
La seule politique qui convienne vraiment à la fin poursuivie est un laisser-faire vigilant et sélectif, lequel suppose, chez les administrateurs, une finesse et un engagement qui les rendent présents aux solidarités qui sont menacées comme à celles qui s’ébauchent. On peut trouver un exemple d’un tel interventionnisme discret dans la façon dont, au moyen âge, le pouvoir royal a laissé les villes libres se développer.
LES RÉGIONALISMES
DANS LE MONDE
Nous vivons, à l’intérieur de notre cerveau éclaté, dans une « computerized society ». « La loi morale dans le cœur de l’homme, le ciel étoilé au-dessus de sa tête ! » C’est ainsi que Kant voyait l’ordre éternel. A la périphérie, les étoiles ont été remplacées par des satellites artificiels ; au cœur de l’homme, la loi morale a été remplacée par des images retransmises par les satellites. Après s’être vidé de sa substance, l’homme se remplit peu à peu de son reflet.
Pour décrire cette situation, notre époque a inventé le mot absurde ; mais ce que Camus appelait « le silence déraisonnable du monde », c’était en réalité le vacarme rationnel de l’homme. Nous commençons à nous en rendre compte. Quelles que soient la maladresse et l’ambiguïté avec lesquelles il s’exprime parfois, l’idéal régionaliste et écologique traduit une nostalgie réelle de la loi morale et du ciel étoilé. Par-delà les réseaux humains de communication, c’est bien le dialogue entre le macrocosme et le microcosme qu’on veut rétablir. Si ce sont surtout les États centraux qui sont visés, c’est parce qu’étant devenus [14] des fins en eux-mêmes, ils illustrent particulièrement bien le soliloque absurde de l’homme prométhéen.
L'Amérique redivisée
À leur manière, les satellites nous auront tout de même rapprochés de la nature. À l’altitude où ils se meuvent, la plupart des frontières séparant les pays sont invisibles ; les régions naturelles se détachent par contre avec netteté. On sait d’autre part que ces régions naturelles correspondent à la façon dont les indiens s’étaient partagé l’Amérique du Nord.
Dans un numéro de The Ecologist consacré aux États-Unis, le journaliste Sam Love propose de revenir à ces anciennes frontières, ce qui entraînerait la disparition du Canada, des États-Unis et du Mexique tels qu’ils existent à l’heure actuelle :
- Once I shared the nationalist perspective but my curiosity led me to explore how North America was divided before the cultural invasion of the white skinned Europeans. The subdivision of North America into the United States, Canada and Mexico is a relatively recent phenomenon. During research on North American boundaries I found a map portraying the boundaries of native cultures. I was shocked to see how closely many of the Indian boundaries followed the natural divisions of plant and animal communities and geological formations. Perhaps the White Man’s lines on the continent of North America will turn out to have been a mere historical aberration lasting only a few short centuries. [5]
Le Québec se trouverait alors associé au nord-est des États-Unis, conformément à une thèse qui a toujours eu d’ardents défenseurs dans notre milieu. Poursuivant sa présentation du mouvement biorégional, Sam Love soutient que les grandes régions naturelles devront être subdivisées de façon à favoriser les communautés à échelle humaine :
- Only on a local scale is truly democratic participation possible and many of the founders of America, such as Thomas Jefferson, strongly supported this idea.
Cette thèse qui paraît encore utopique n’est pas sans liens avec des intérêts locaux qui sont ressentis d’une manière de plus en plus vive par les populations. Sam Love [15] fait allusion à ce citoyen du Nouveau Mexique qui, pendant une audience publique sur l'énergie, s’est écrié : « Why should we permit the slip mining of New-Mexico to create electricity for advertising lights and swimming pools heaters in Los Angeles ? » Cet égocentrisme régional se développera partout avec d’autant plus de facilité qu’il a le bon sens de son côté. Quand ils auront vraiment goûté au plein emploi et à l’abondance, les québécois découvriront sans doute qu’ils n’ont pas intérêt à envoyer leurs arbres à New York pour permettre à la compagnie Pepsi de faire sa publicité dans le New York Times.
Il est inadmissible que le coût de production ne représente que 30% du prix de détail comme c’est le cas actuellement. Bien des frais de transport et de publicité vont apparaître de plus en plus immoraux à mesure que les ressources vont se raréfier. A-t-on le droit d'importer du bœuf de l’Ouest et des agneaux d’Australie quand l’élevage sur place pourrait ranimer des collectivités moribondes et quand l’énergie requise pour le transport pourrait servir à enrichir le sol asiatique ? Pour ce qui est du dogme de l’économie d’échelle, il est de plus en plus contesté. Dans un article intitulé « Neighborhood Power », David Morris écrit :
- Several studies of consumer goods manufacturing sector have tried to estimate the minimum efficient production unit. These studies are remarkably consistent. They indicate that, for many consumer goods, plants can be very small. One study found that for almost 70% of all the industries for which a minimum efficient s cale could be identified, fewer than 250 employees were needed ; 40% required fewer than 100 employees. And 70% of the industries required a capital assets of under one million dollar to enter the industry. [6]
Aux États-Unis le gigantisme industriel et étatique est attaqué de toutes parts : par les conservateurs qui veulent garder leurs ressources locales pour eux, par les écologistes qui veulent protéger les habitats naturels, par les sociologues qui veulent faire revivre les petites communautés, par les partisans de la simplicité volontaire qui veulent remplacer la quantité par la qualité, par les philosophes qui, à l’instar d’Ivan Illich, veulent défendre l’autonomie personnelle, par les libertaires qui ont compris [16] que le pouvoir du peuple n’est pas la liberté du peuple, par l’école de Chicago qui, en prônant un libéralisme radical et en intégrant la psychologie dans l’économie, se rapproche à la fois des libertaires et des conviviaux.
En 1965, Murray Bookchin écrivait déjà :
- It cannot be emphasized too strongly that the anarchist concepts of a balanced community, a face-to-face democracy, a humanistic technology and a decentralized society these rich libertarian concepts are not only désirable, they are also necessary. They belong not only to the great visions of man’s future, they now constitue the preconditions for human survival. The process of social developpement has carried them out of the ethical, subjective dimension into a practical, objective dimension. What was once regarded as impractical and visionary has become eminently practical. And that was once practical and objective has become eminently impractical and irrelevant in terms of man’s development towards a fuller, unfettered existence.
Soulignons les préoccupations pratiques présentes dans ce texte qui, en 1965, devait paraître tout à fait utopique. Comme l’a si bien dit D. J. Boorstin, les américains sont des explorateurs, non des conquérants. L’Utopie de Thomas Moore, c’est le mythe de l’européen conquérant de l’Eldorado. Les espagnols, les portugais, les français, les anglais eux-mêmes dans une moindre mesure cherchaient des paradis déjà faits ; les américains cherchent des paradis à faire. Ayant toujours la faucille et le marteau à la main, ils n’ont pas eu besoin d’en faire un idéal, comme les russes qui, eux, sont essentiellement utopistes et conquérants. L’Amérique ce n’est pas l’Utopie, c’est l’Ecotopie. [7]
Un américain représentatif de son pays ne peut pas réfléchir sur la notion de voisinage sans chercher à savoir si le « cotage soap » ne pourrait pas être vendu moins cher que le savon Palmolive. Toute idée qui prend forme dans son cerveau est déjà une expérience à moitié réalisée ; cela est vrai même pour des idées aussi évangéliques que la simplicité volontaire.
Sous sa forme la plus pure, la simplicité volontaire est une règle de vie qui s’apparente d’une part à celle de [17] saint François et, d’autre part, à celle des aristocrates, qui savaient distinguer le luxe du confort. Peu de sensations, mais les plus exquises et les plus profondes ; peu d’objets, mais les plus beaux, les plus vivants et les plus durables ; peu de liens, mais les plus authentiques et les plus stables. Cette philosophie nouvelle, qui renoue avec celle de H. D. Thoreau, compte déjà 50,000 adeptes ayant, si l’on peut dire, prononcé tous leurs vœux ; autour de ce noyau, il y a un tiers ordre dont l’importance quantitative est telle que le Stanford Research Institute en a fait l'objet d’une savante étude destinée aux grandes entreprises et aux grandes administrations. Aux États-Unis seulement, la simplicité volontaire compterait actuellement pas moins de 5,000,000 de sympathisants. On en prévoit 30,000,000 pour l’an 2,000. Il s’agit, selon les conclusions du rapport, d’une tendance lourde : c’est le secteur de la non-demande qui devrait connaître la croissance la plus rapide dans les années à venir.
Les fabricants d'ordinateurs avaient d’ailleurs devancé les conclusions de cette étude. On vend déjà des « locally smart and convivial Systems ». Il y eut récemment de nombreuses innovations analogues dans d’autres domaines.
Si cette intervention du monde des affaires constitue aux yeux des purs un danger mortel, elle n’en illustre pas moins la façon singulière dont les idéaux s’incarnent chez nos voisins. Il paraît de plus en plus vraisemblable que la civilisation du « cottage soap » remplacera bientôt celle du « Palmolive coast to coast ». Al vin Toffler devrait alors être considéré comme un témoin d'un monde en déclin, les partisans du Neighborhood Power apparaissant comme les vrais prophètes. En Californie, plusieurs policiers ont voté pour la proposition 13, parce qu’ils préféraient risquer de perdre leur emploi plutôt que leur maison.
L’URSS ... N, L’Union des républiques soviétiques,
socialistes et nationalistes
Le particularisme à l’américaine a essaimé un peu partout à travers le monde industrialisé. Là où il a pris racine, on le reconnaît facilement au milieu des traditions locales auxquelles il se mêle.
Il semble que l’URSS n’ait pas encore été touchée. Nous savons par contre que la dissidence y est étroitement liée au nationalisme, ukrainien entre autres. L’autobiographie [18] de Leonide Pliouchtch constitue à cet égard un témoignage très précieux. [8]
En 1917, la république ukrainienne indépendante est proclamée. Elle aura une vie brève et mouvementée, suffisante toutefois pour déclencher un vaste mouvement d’ukrainisation qui permit d'imposer la langue autochtone comme langue officielle. Staline mit un terme brutal à cette renaissance sous prétexte qu’elle servait les intérêts d’une minorité de bourgeois. Il était inévitable que le nationalisme reparaisse à la première éclipse de Staline qui survint, comme chacun sait, sous le règne de Krouchtchev. Voici à ce propos une anecdote typique racontée par Pliouchtch :
- Sous l’influence du livre de Dziouba, je me mis à parler ma langue maternelle. Entreprise difficile : sans doute connaissais-je la langue, mais la pauvreté de mon vocabulaire était insigne. Et puis lorsqu’autour de soi tout un chacun parle russe, pas facile de trouver un interlocuteur pour converser en ukrainien. Et voici qu’un beau jour, demandant en ukrainien à un jeune homme de me passer un livre, je m’entendis répondre : « Tu ne peux donc pas parler une langue humaine ? »
- Le sang me monta à la tête et je me sentis alors définitivement ukrainien, tout comme les juifs soviétiques deviennent sionistes sous l’effet de la propagande anticosmopolite ou antisioniste.
Quelques jours plus tard, je reçus une seconde fois cette phrase au visage, mais cette fois elle ne m’offusqua pas le moins du monde : j’avais déjà acquis l’orgueil national. [9]
Si l’Ukraine possède une abondante littérature, qui s’est surtout développée au dix-neuvième siècle, c’est sa culture populaire qui la rend surtout attachante. Cette culture, encore vivante dans certaines régions, Pliouchtch l’a évoquée dans un texte sur la femme qui illustre très bien le lien étroit qui existe entre les traditions locales et la convivialité authentique.
- Une tendresse inhabituelle, une attitude respectueuse et aimante à l’égard de la femme (jeune fille, épouse ou mère) caractérisent la chanson d’Ukraine occidentale. Le féminisme de la nation ukrainienne s’exprime là dans le contenu, la forme, le choix du mot. Et ce féminisme distingue, radicalement, [19] les ukrainiens des russes. Chez eux, nulle trace de mépris, ni de l’attitude courtoise de la politesse nobiliaire, ni de déchirement passionnel, pas trace de cette mixture de déification de la chair liée au sentiment du péché et de la diablerie de la femme, capable d’aller jusqu’à la malédiction hystérique du rêve que l’homme se fait de la femme. Dans les campagnes ukrainiennes, la femme peut recevoir des volées et paraître soumise devant les invités, mais dans le tête-à-tête avec l’homme, elle lui rappelle ses coups et sa grossièreté, et dans le foyer, c’est elle qui règne en maître. L’intelligentsia spiritualise cette puissance de la femme, qui s’exprime par le grand rôle qu’elle joue dans le mouvement patriotique et par certaine féminisation de la culture ... C’est là un phénomène historique qui fait que l’Ukraine a ignoré toute crise d'émancipationisme féminin débridé, mais a connu à la place une lutte conjointe pour les droits de l’individu. Ce féminisme me paraît également expliquer l’absence de signes de décadence dans la culture ukrainienne. [10]
À l’heure actuelle, le nationalisme ukrainien n’est sans doute qu’un mouvement souterrain, mais, si affaibli qu’il soit, il pourra devenir déterminant le jour où les russes auront besoin de l’appui spontané de tous leurs frères slaves pour faire contrepoids aux républiques musulmanes de l’Asie centrale. On prévoit en effet qu’en l'an 2,000, les 150 millions de blancs auront en face d’eux 100 millions de jaunes, de plus en plus conscients de leur identité, de leur dynamisme et de leur passé glorieux.
Dans les déserts de l’Ouzbékistan, aux environs de Samarkand et de Tachkent, à mi-chemin entre Moscou et Pékin, un miracle analogue à celui d’Israël s'est opéré discrètement depuis 1917. Cette région est désormais la plus riche de l'URSS. Si, pour l’instant, on n’y parle pas d’indépendance, on commence toutefois à la faire : « mais les ouzbeks se bagarrent fermement, pied à pied, bureau après bureau, chantier après chantier, pour prendre entièrement en main leurs propres affaires. Demain ils seront cent millions. Chaque jour qui passe modifie en leur faveur le rapport de force et leur donne plus de moyens de négocier à court terme leur alignement. » [11]
À Moscou, on tremble un peu. À cause du vieillissement de la population slave, l’armée soviétique comptera bientôt autant de jaunes que de blancs. Or ces jaunes sont les descendants [20] des soldats de Tamerlan et Genghis Khan ; parmi leurs ancêtres, il y a aussi ces fameux parthes qui ont donné tant de mal aux romains.
On peut aussi présumer que dans les républiques baltes le nationalisme est encore très vivant. Faut-il en conclure que l’empire soviétique est sur le point d’éclater ? Ce serait aller beaucoup trop loin. Il paraît par contre certain que les groupes dissidents profiteront du moindre sursis dans la terreur pour faire avancer leur cause. Il est à craindre aussi que les soviétiques soient tentés de provoquer un conflit majeur pour consolider l'unité de leur empire.
La France nostalgique
En Europe occidentale, le régionalisme prend tantôt la forme du particularisme à l’américaine, tantôt la forme du nationalisme, tantôt enfin celle du fédéralisme intégral de l’Europe des régions, formule qui s’apparente au régionalisme géographique dont nous avons parlé à propos des États-Unis. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur chacun des pays de cette partie du monde. Le problème régionaliste se pose même en République fédérale allemande où les dialectes, longtemps refoulés par le Hochdeutsch, semblent vouloir revivre. Nous devons nous limiter à la France et à la Belgique.
En 1892, le grand poète provençal Frédéric Mistral publiait dans l’Aïoli une déclaration à laquelle les autonomistes d'aujourd’hui n’auraient rien à ajouter. Parmi les signataires, il y avait le jeune Charles Maurras, qui fut régionaliste avant de devenir monarchiste.
- Voici assez de temps que les jeunes mûrissent les idées que vous avez semées et voici assez de temps qu’ils souhaitent avec grande impatience les faire passer dans la pratique ...
- ... Nous allons expliquer clairement, non plus, comme avant, devant des assemblées de lettrés ou des réunions fraternelles, mais dans les assemblées politiques du Midi et du Nord les réformes que nous voulons ...
- ... Nous en avons assez de nous taire sur nos intentions fédéralistes quand les centralisateurs parisiens nous attaquent par cette mauvaise accusation de séparatistes ...
- ... Nous réclamons la liberté des communes ... qu’elles deviennent maîtresses de leurs employés et de leurs fonctions essentielles ... qu’elles puissent renvoyer chez eux ces roitelets qu’on appelle sous-préfets...
- ... Nous voulons libérer de leur cage départementale les âmes des provinces ...
[21]
- ... Un groupe de Bretons vient de réclamer les anciens États. Nous sommes avec ces Bretons. Oui ! Nous voulons une assemblée souveraine à Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille et Aix.
- ... Si des gens contredisent en arguant qu’un peuple ne revient pas sur le chemin déjà fait, nous répondrons que c’est très bien : nous ne cherchons pas à copier d’autres temps, mais à les compléter et à les perfectionner.
- ... La complète mise en valeur des merveilleuses richesses de notre terroir ...
- Seul le provincialisme peut mener à leur fin les grandes tâches rêvées depuis cent ans et jamais achevées. [12]
Le cheminement de Maurras est très instructif. Il a d'abord cru qu'il était possible de susciter des mouvements autonomistes à la base, c’est-à-dire dans chacune des provinces françaises, mais il a vite compris que c’était là une entreprise illusoire. « Le pouvoir républicain, explique-t-il, n’étant pas héréditaire, ne pouvant s’appuyer sur une forme morale, sur la puissance que représente le sentiment monarchiste, a besoin pour vivre et pour survivre de centraliser. » [13]
Mais pourquoi précisément le sentiment monarchiste pourrait-il favoriser la décentralisation ? Yves Salem résume ainsi la pensée de Maurras sur cette question :
- Parce que le roi ne tient pas son pouvoir « d'en bas », mais du principe héréditaire, il peut admettre des provinces fédérées, des administrations plus libres sans craindre de perdre les rênes du pouvoir. Le roi n’est pas tenu par le scrutin ou les fluctuations de l’opinion, il ne suit pas, il guide et seul un pouvoir fort peut ainsi décentraliser. [14]
Si la question de la monarchie paraît de plus en plus folklorique, celle du pouvoir moral est plus actuelle que jamais. Sauf exception tenant du miracle, nul ne consent à se départir de son pouvoir à moins d’y être contraint. Il est donc sage de présumer que les États chercheront à accroître leur puissance tant à l’extérieur qu’à l’intérieur ; lorsque leurs représentants parleront de décentralisation, il conviendra donc de se méfier : il s’agira probablement d’une manœuvre déguisée pour affermir leur emprise.
[22]
- Monsieur Léon Bourgeois, explique Maurras, est un ministre décentralisateur et il décide de fonder des universités en dehors de Paris. Mais c’est l’État qui les crée, qui les paye, qui nomme les professeurs. L’État, possédant la finance, demeure le patron des professeurs, des administrateurs jusqu’à l’appariteur et le portier. Et tous ces gens ont les yeux tournés vers Paris d’où vient la lumière des programmes et le tintement des écus. [15]
S’il ne vient pas du principe héréditaire, d'où peut donc venir le pouvoir moral qui pourrait compenser la diminution du pouvoir politique ? Du sentiment national ? La chose est peu vraisemblable, l’histoire ayant abondamment prouvé que le nationalisme débouche tout naturellement sur l’étatisme.
Au fond du régionalisme actuel, tant européen qu’américain, on trouverait sans peine une nostalgie portant sur un pouvoir moral et vertical plus ancien que celui des rois. Vers quoi peut en effet conduire le rejet de la réglementation bureaucratique, corporatiste et syndicale, sinon vers une mentalité primitive où l’on retrouverait les conditions originelles de la sélection naturelle. Cette aspiration apparaît plus manifestement encore dans la critique que certains « écologistes » font de la spécialisation. Chacun sait que les États tels que nous les connaissons sont apparus en Grèce en même temps que la spécialisation. Refuser cette dernière, c’est vouloir revenir à une organisation sociale antérieure à la cité, c’est confondre dans un même rêve le plus lointain passé et le plus lointain futur, comme le fait Marx quand il daigne préciser les fins ultimes qu’il poursuit :
- Dans la société socialiste, l’homme fragmentaire serait remplacé par l’individu complètement développé, un être pour qui les différentes fonctions sociales ne sont que des formes interchangeables d’activité : les hommes pourraient aller à la pêche, à la chasse ou s’adonner à la critique littéraire sans devenir des pêcheurs, des chasseurs ou des critiques professionnels.
Mumford, Marcuse et Illich dans la mesure où on sait où il va proposent le même idéal. Faut-il s’étonner de le retrouver au cœur de la pensée régionaliste actuelle ?
Le personnage mythique qui incarne le mieux l’homme [23] non fragmentaire, c’est Ulysse, qui était lui-même le chef d’un clan, c’est-à-dire, dans le langage actuel, un leader naturel. C’est sans doute ce qui explique pourquoi le film tiré de l’œuvre d’Homère a eu un tel succès à la télévision. Une analyse rigoureuse de la psychologie des sectes de tous genres on sait qu’elles se multiplient nous permettrait sans doute de retrouver la même nostalgie.
Mais de même que le rêve monarchiste s’est brisé contre le mur du scrutin universel, de même, sans doute, les leaders naturels se heurteront à la démocratie directe que les référendums rendront possible à tous les niveaux. Il pourrait également arriver que les référendums soient pour eux une occasion de prendre de l’ascendant. Quant à l’hypothèse selon laquelle on pourrait se passer à la fois de l’autorité personnelle et de l’autorité étatique, elle est tout à fait incompatible avec ce que nous savons de l’homme et de ses comportements.
La nostalgie portant sur un passé lointain est le principal élément original du néo-régionalisme français. C’est probablement cette régression vers un mythe plus fondamental qui explique que des marxistes puissent côtoyer des maurrassiens et des libertaires à l’intérieur des mouvements autonomistes. La même régression explique peut-être aussi pourquoi la gauche peut aujourd’hui prendre à son compte des thèses qui étaient jadis défendues par la droite.
« Si, nous dit M. Michel Philipponneau, la gauche a dû utiliser l’appareil centralisateur, c’était pour faire pénétrer dans une France rurale et réactionnaire les idées progressistes nées en milieu urbain et industriel. » Il poursuit en précisant que si la gauche n’a pas profité de la Libération, pour appliquer un projet de régionalisation qui s’imposait désormais, les campagnes ayant été éclairées par Paris, c’était par « réaction contre le provincialisme de Vichy ». A la fin de son exposé, M. Philipponneau résume ainsi la politique régionaliste du parti socialiste français :
- La région dans le projet socialiste devient collectivité territoriale de plein exercice et non simple établissement public. Elle est représentée par une Assemblée régionale élue au suffrage universel direct et à la proportionnelle et non par un Conseil composé de parlementaires et de représentants des villes et des conseils généraux qui n’ont pas été élus à cette fin. Le Conseil économique, social et culturel, qui assiste l’Assemblée, tient compte dans sa composition de l’importance [24] numérique des groupes représentés : à la différence du Comité économique et social, les représentants des ouvriers seront plus nombreux que ceux du patronat. Et surtout la région dispose d'un exécutif propre, élu en son sein : le président de l’Assemblée remplace le préfet de région qui, actuellement, concentre tous les pouvoirs.
- À côté des dispositions qui visent à restaurer la démocratie politique, d’autres visent à instaurer la démocratie économique... La notion de propriété régionale, de régionalisation d’entreprises, au sens de nationalisation, constitue l'un des éléments fondamentaux et originaux d’un système visant à instaurer une démocratie économique. [16]
Maurras ne cessait de répéter qu’il n’y a pas de décentralisation sans celle du pouvoir politique. La convergence est frappante. Il est vrai qu’il y a 75 ans le pouvoir central était de gauche et le pouvoir local de droite et qu’entre temps la situation s’est inversée.
Le dualisme belge
Les idées qui paraissent encore utopiques en France sont déjà en voie de réalisation en Belgique. Là aussi le mouvement régionaliste a une longue histoire. Les frontières linguistiques actuelles existent depuis le neuvième siècle. C’est en 1909 que le cri Vive la Flandre libre a été entendu pour la première fois.
À cette époque à Gent (Gand), l’élite flamande, représentant environ 30% de la population, pouvait être considérée comme francophone. L’université était française elle aussi. Elle a été néerlandisée en 1930, comme celle de Louvain le sera en 1968. En 1978, à Gent toujours, la population francophone n’excède pas 3 %. Cet exemple illustre bien la détermination et le dynamisme du groupe flamand.
Le dualisme Flandre/Wallonie est déjà reconnu dans les faits. Plusieurs ministères ont été dédoublés, ceux de l’éducation, des sports et loisirs, de l’urbanisme. D’autres le seront. Chaque ministre, l’un flamand, l’autre wallon, a sa part du budget et peut l'administrer avec toute l’autorité normalement dévolue à un ministre.
Une solution définitive est désormais en vue, le pacte d’Egmont, qui fut signé par trois des principaux partis du [25] pays. Ce pacte prévoit la division de la Belgique en trois régions autonomes : la Flandre, la Wallonie et Bruxelles, à quoi il faut ajouter la zone allemande qui, en dépit de sa faible population, jouira de la même autonomie que les trois régions principales. L’État central qui subsistera sera vraiment un État minimal, car la part du budget qui lui reviendra n’excédera pas 10%.
L'autonomie laissée à la zone allemande illustre bien le respect des minorités que suppose le fédéralisme intégral. Dans la région de Lille, en France, il y aurait environ 300,000 néerlandophones. Pour se rapprocher d’eux, les flamands ont ouvert une maison à Lille avec l’espoir que peut-être la France leur accordera un jour une autonomie semblable à celle que la Belgique paraît disposée à accorder à ses propres minorités.
Ce problème des enclaves existe à presque toutes les frontières des pays européens. Il y a le Val d’Aoste et le sud-Tyrol en Italie, le pays basque dans le midi de la France, le Jura français en Suisse alémanique, etc. Il y a aussi des régions naturelles comme celles du Haut-Rhin, dont les habitants, qui ont beaucoup d'intérêts communs, sont partagés entre trois pays ayant des intérêts divergents. On peut s’attendre à ce que chacune de ces zones devienne un point chaud dans les années à venir.
Le principe de subsidiarité dont s’inspire le pacte d’Egmont implique que certains pouvoirs soient transférés à des institutions supranationales, ce qui signifie que si l’Europe des régions prenait forme l’État central belge perdrait encore de l’importance.
Si, grâce au régionalisme, la Belgique semble en voie de pacification, elle semble aussi avoir fait de la parité une véritable obsession. Maurice T. Maschino écrivait récemment dans Le Monde Diplomatique :
- Dans l’immédiat la parité l’emporte. Ou plutôt le souci de la parité. Un souci méticuleux, « maniaque », disent certains qui, tel l’écrivain et journaliste Marc Rombault, accusent les uns et les autres de « conduite névrotique » : « Faute d’avoir pu résoudre les questions de fond on soigne la forme, on cultive les apparences. »
- Ainsi dans le métro, le conducteur annonce-t-il les stations dans les deux langues, même quand la prononciation est identique (« Schuman ..., Schuman ») ; ainsi des panneaux de signalisation sont-ils rédigés en français et en néerlandais : Louvain-Leuwen, Bruges-Bruggs ; parfois, quand le nom de [26] la commune s’écrit de la même façon à une lettre près on l’imprime de telle sorte qu’il puisse se lire en flamand ou en français : Schaerbeek (on remarquera que les voyelles a et e sont à égale distance des autres signes.) [17]
Le Québec, région du monde
Le tour d’horizon que nous venons de faire permet de comprendre pourquoi le Québec actuel suscite beaucoup d'intérêt à travers le monde ; mais paradoxalement, à court terme du moins, cet intérêt pourrait desservir la cause des indépendantistes. À ceux qui refusent de prendre son biorégionalisme au sérieux, Sam Love répond : « Just a few short years ago the idea of Great Britain or Canada breaking up would have been scoffed at also ; yet now the secession of parts of Great Britain and Canada is a real possibility. »
Il y a des séparatistes au Vermont et ils sont sérieux. Quand on leur fera reproche d’être utopistes, ils pourront toujours répondre eux aussi : qui aurait cru que le Canada serait menacé d’éclatement ? Il faut s’attendre à ce que des pressions très fortes soient exercées de l’extérieur, peut-être même de la France pour que le Canada ne soit pas le premier pays à éclater. N’oublions pas que tout au long de l’histoire les minorités ont été une cause perpétuelle de conflits et de tensions. Aucun chef d’État ne l'ignore. Pour apaiser les craintes autour d’eux, les pays les plus avancés sur la voie du régionalisme devront sans doute commencer par prouver que le monde libre pourra sortir assaini de la métamorphose qui s’amorce.
Quelle est la destination finale ? À quel rythme les changements se produiront-ils ? Il est probable que, par rapport à la tâche essentielle, qui est de refaire le tissu social, les grandes joutes étatiques paraîtront de plus en plus suspectes. C’est dans les petites communautés, au ras du sol, le plus près possible des intérêts des gens que se passeront les choses déterminantes. Les structures politiques locales et régionales s’instaureront d’elles-mêmes par la suite. Le cheminement inverse ne serait plus celui des racines populaires, mais celui des tentacules étatiques.
[1] Conférence prononcée au collège Ahuntsic en avril 1977.
[2] The CoEvolution Quarterly, no 17, Spring 1978, p. 9.
[3] Bouchard, Gérard, Le Village Immobile. Paris, Plon, 1972, p. 357. [Ouvrage disponible dans Les classiques des sciences sociales à l’adresse suivante : URL ]
[4] La Politique québécoise du développement culturel, Editeur officiel du Québec, Gouvernement du Québec, Vol. 1, p. 103. URL.
[5] The Ecologist, Vol. 7, no 7, p. 319.
[6] The Ecologist, Vol. 7, no 7, p. 329.
[7] Ecotopia, roman futuriste préconisant l’indépendance de la Californie et de l’Oregon. Traduction française. Editions de l’Aurore, Montréal, 1978.
[8] Pliouchtch, Leonide, Dans le carnaval de l'histoire, Paris, Seuil, 1977.
[10] Pliouchtch, L., op. cit., p. 235.
[11] Schlosser, François, Nouvel observateur, no 714.
[12] Déclaration des Félibres Fédéralistes, Frédéric Mistral, 1892.
[13] Cité par Yves Salem dans Le Défi Régionaliste, Editions Cahiers du présent, Castres, France.
[15] Salem, Y., op. cit., p. 67.
[16] Régions et Régionalisme en France, Actes du colloque organisé par le Groupe de Recherches d’Histoire moderne, Université des Sciences humaines, Strasbourg, 1974, P.U.F., 1977, pp. 531-543.
[17] Le Monde Diplomatique, juillet 1978.
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