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Mondialisation et régionalisation.
La coopération économique internationale est-elle encore possible ?
Avant-propos
Diane ÉTHIER et Christian DEBLOCK
Cet ouvrage fait suite à un séminaire organisé, en mai 1990, par l'Association d’économie politique dans le cadre des assises annuelles de l’Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS). L’objectif initial de cette rencontre était d'évaluer les impacts des transformations de l’économie mondiale, en particulier les changements intervenus au cours de la décennie 80, sur l'avenir de la coopération internationale dans la décennie 90. *
Les discussions ayant mis en relief la difficulté de cerner avec précision les paramètres du nouvel ordre économique et politique mondial encore en transition, il nous est apparu préférable de centrer nos travaux sur la nature des mutations actuelles des relations économiques internationales plutôt que sur leurs incidences sur les institutions multilatérales. La texture finale de l'ouvrage reflète cette démarche car elle accorde une place prépondérante aux deux dynamiques qui caractérisent aujourd'hui la réorganisation des échanges internationaux : le développement des intégrations régionales d'une part, et la libéralisation et l'unification du marché mondial, d'autre part. Néanmoins, plusieurs contributions, dont celles de C. Deblock et M. Rioux, F. Plourde, B. Élie, F. Moreau, J.-P. Therrien, et surtout la conclusion de C. Deblock, formulent explicitement ou implicitement un diagnostic sur l'état actuel et futur de la coopération internationale tout en suggérant diverses avenues susceptibles d'en renouveler les formes institutionnelles et les modalités.
La première partie du volume traite de l’émergence des blocs économiques régionaux. Le texte de D. Brunelle examine les valeurs qui sous-tendent le processus d’intégration nord-américain. Le texte de C. Deblock et M. Rioux analyse l'évolution de la dynamique des [x] échanges des États-Unis, du Canada et du Mexique, dans le contexte de la création d'une association de libre-échange nord-américaine (ALENA). Les contributions de J.-Y. Grenon et L. Fontagné portent, respectivement, sur les récents développements de l'intégration européenne et sur l'évolution de la dynamique des échanges de la Communauté européenne (CE). Ces quatre études montrent que tout en étant articulés en fonction d'un pôle central (les États-Unis pour l'Amérique du Nord et l'Allemagne pour la CE), ces deux processus d'intégration sont différents tant par les idéologies qui les sous-tendent que par leurs effets au niveau de la structure des échanges et du développement économique des États participants. Le constat le plus significatif à cet égard est que, si la CE a su tirer pleinement parti de l'intégration pour devenir la principale puissance économique mondiale, les sociétés nord-américaines semblent au contraire condamnées au déclin économique relatif et à une dépendance commerciale croissante vis-à-vis du reste du monde, et ce, malgré les perspectives nouvelles qu'offre le projet de libre-échange trilatéral.
Cette première partie est complétée par un texte de A. MacLeod sur la politique économique internationale du Japon et un texte de L. Gill sur les conséquences de la fin de la guerre froide sur les relations économiques Est-Ouest. Ces deux études permettent de déconstruire certains mythes tenaces quant au futur rôle du Japon et de l'ancien bloc socialiste dans l'économie mondiale. L'analyse de A. MacLeod, en explicitant les finalités de la politique économique nippone, montre que le Japon ne cherche à devenir ni la future puissance hégémonique mondiale, ni le centre d'un troisième bloc économique régional. Le texte de L. Gill fait état des coûts économiques et sociaux de la réunification de l'Allemagne et des obstacles qui freinent une réorientation massive des capitaux occidentaux vers l'Europe centrale.
Les contributions réunies dans la seconde partie de l'ouvrage traitent des conséquences de la libéralisation des échanges mondiaux dans différents domaines : le marché financier (B. Élie, F. Moreau), l'industrie des télécommunications (F. Plourde), les échanges de biens manufacturés entre l'OCDE et les nouveaux pays industriels (D. Éthier), l'aide au développement (J.-P. Therrien). Le texte de A. Weston est plus global. Il aborde les principaux enjeux de l'Uruguay Round et ses conséquences prévisibles sur le GATT et les pays en développement. Au-delà de leurs conclusions spécifiques, ces études mettent en relief les effets déstabilisateurs de la privatisation et de la libéralisation des flux d'échange : déséquilibres financiers, anarchie des marchés, renaissance du protectionnisme, accentuation [xi] des rivalités commerciales, blocage relatif des instances et mécanismes de concertation multilatérale.
En se référant aux analyses précédentes et à la théorie des régimes internationaux, C. Deblock, dans le texte de conclusion, formule un diagnostic plutôt pessimiste sur l’état actuel et futur des relations économiques internationales, notamment au chapitre de la coopération multilatérale. Son analyse comporte trois volets. Le premier insiste sur la difficulté d'établir des mécanismes de régulation des marchés mondiaux en s'appuyant uniquement sur les États nations. « Revisitant » la théorie de la stabilité hégémonique, il en arrive à la conclusion que les idées et les acteurs ont tout autant sinon d'avantage d'importance dans la mise en place de ces mécanismes que le jeu des forces profondes, que celles-ci viennent des marchés ou des États. Reprenant cette hypothèse de travail, le second volet expose les origines et les fondements de l'ordre économique d'après-guerre et les causes de son abandon progressif, au cours des décennies 70 et 80, au profit d'un nouvel ordre libéral orienté sur les jeux du marché mondial. Dans le troisième volet, l'auteur montre que le déclin de l'hégémonie commerciale et financière des États-Unis et l'émergence de nouvelles grandes puissances économiques (CE, Japon, Allemagne) constituent un second facteur d'instabilité et d'affaiblissement des capacités de régulation des institutions économiques multilatérales, affaiblissement dont témoigne l'impasse actuelle des négociations du GATT. Prévoyant un renforcement des blocs régionaux au détriment de la dynamique de la concertation multilatérale sous l'égide d'une puissance hégémonique, l'auteur formule néanmoins l'espoir, en guise de conclusion, que l’aspiration à la sécurité, l'interdépendance croissante des marchés et l'harmonisation des systèmes économiques, politiques et culturels des Etats permettront de renouveler les formes et les modalités de la coopération, tout en réactualisant les valeurs de paix, d'équité et de progrès qui avaient inspiré les signataires des Accords de Bretton Woods.
Nous ne saurions conclure cette présentation sans mentionner la précieuse collaboration de Line Arès qui a assuré, avec diligence et professionnalisme, la mise en page des textes, des graphiques et des tableaux de ce volume. Nous voudrions aussi remercier toutes les personnes qui, par leurs commentaires, leurs suggestions et leurs encouragements, nous auront permis de réaliser un ouvrage qui, nous l'espérons, saura apporter un éclairage nouveau sur les problèmes auxquels fait face aujourd'hui la coopération économique internationale. Nous voudrions enfin remercier l'Université du Québec à Montréal pour sa contribution financière à la publication de l'ouvrage.
[xii]
* Il importe de souligner que les textes ont été remis pour publication au début de 1991. Il n’a pas toujours été possible d’intégrer certains événements qui sont survenus depuis lors dans l'économie mondiale. Les mises-à-jour ont cependant été faites chaque fois que c’était nécessaire.
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