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La représentation des arabes et des musulmans
dans la grande presse écrite au Québec.
Introduction
Les relations entre les communautés arabes et musulmanes et les autres groupes dans la société d'accueil (tant les groupes majoritaires que les autres groupes minoritaires) ont été durement éprouvées, au cours des dernières années, par deux grands facteurs. Le premier relève de la situation internationale et de ce qu'on désigne par la « guerre au terrorisme », avec pour conséquence le développement de stéréotypes négatifs à l'égard des musulmans ainsi que des Arabes (qu'ils soient ou non musulmans). Le second renvoie à des questionnements identitaires spécifiques au Québec et aux débats relatifs à la gestion de la diversité ethnique, culturelle ou confessionnelle qui ont entraîné des malaises, des craintes et des prises de position hostiles face aux demandes en provenance des groupes religieux minoritaires, ou des mouvances les plus conservatrices au sein de ces groupes minoritaires. Ces peurs ont notamment été déclenchées par certaines demandes d'accommodements ou sont en réaction à des comportements effectivement problématiques, mais marginaux, localisés et susceptibles d'être résolus au cas par cas. Les réactions à ces situations ont pris une ampleur démesurée. Dans ce contexte, il semble légitime de s'interroger sur le rôle qui fut joué par les médias dans la transformation de questions mineures en interrogations existentielles.
La présente recherche visait à cerner ce rôle. Son objectif était de produire une étude empirique accompagnée d'une analyse du traitement de l'information concernant l'islam, les Arabes et les musulmans/es dans les principaux quotidiens du Québec. L'analyse devait inclure un diagnostic des tendances générales, une typologie des traitements de l'information et des opinions observées illustrée par des exemples, et enfin des recommandations pour des pistes d'action possibles de la part de PCH afin de susciter une réflexion dans le milieu journalistique sur ces questions, visant à amener des changements dans les pratiques. Les résultats de recherche sont contenus dans ce rapport.
Lorsqu'on évalue l'influence des médias sur l'opinion, il n'est pas aisé de départager ce qui relève de la consignation des faits de société de ce qui relève du discours idéologique des médias. Qu'en est-il au juste ? Sur la question qui nous intéresse, quel rôle les médias ont-ils joué ? Dans l'ensemble, ont-ils simplement été des relais d'information, tendant vers l'objectivité ? Si tel est le cas, leur rôle serait de relater les faits de société avec le plus de neutralité possible. Dans un autre cas de figure, ont-ils contribué à exacerber des oppositions en influençant la perception des situations locales, rendant par leur pouvoir amplificateur les polarisations plus fortes et les tensions plus aiguës ? Les divers supports de communication que sont médias écrits et médias électroniques (radio, télévision, [14] Internet) ont-ils eu des incidences de nature et d'intensité identiques ? Les médias écrits jouent-ils ce rôle uniformément ou bien peut-on identifier des différences entre les divers quotidiens ? Une réflexion critique, fondée sur une analyse empirique de la couverture médiatique, permet-elle de suggérer de meilleures pratiques ?
Nous ne supposons pas que les effets négatifs, quand il y en a, soient le résultat d'intentions néfastes. Ils peuvent être le résultat d'impératifs de rentabilité, par exemple, qui engagent les médias à opter pour la dimension sensationnaliste au détriment de la dimension sociétale. Quelle qu'en soit la raison, il y a eu des effets négatifs, et nous souhaitons comprendre comment ceux-ci ont opéré.
Ce rapport tente de répondre à certaines de ces questions et propose des pistes de réflexion sur les autres. Nous croyons que ce type d'étude permettra de formuler des recommandations sur le rôle et la responsabilité des médias dans l'évolution des rapports entre les communautés arabes et musulmanes et la société d'accueil, elle-même multiple et ne se réduisant pas aux seuls Québécois d'ascendance canadienne-française. La méthodologie utilisée pour le faire est décrite dans la section suivante.
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