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Espace urbain, espace social :
portrait de la population des villes du Québec.
Introduction [1]
Le promeneur qui déambule dans les rues d'une ville remarque inévitablement des variations multiples dans le tableau offert par les commerces, les habitations, les espaces verts et les types de résidents qui se succèdent le long de son parcours. Dans certains secteurs de la ville, il observe une joyeuse animation autour de commerces de produits exotiques fréquentés par des clients dont les vêtements, la langue et les comportements dénotent une origine ethnique et culturelle particulières. Dans certains secteurs, il se désole devant le délabrement des maisons, la rareté des espaces verts, la pauvreté manifeste des habitants et, dans d'autres, il s'émerveille de la beauté des résidences et des aménagements paysagers. Il risque aussi de noter l'existence de zones caractérisées par de grands logements et une population d'enfants qui s'amusent sur le trottoir et d'autres régions occupées par des édifices offrant de minuscules logements qui accueillent des personnes seules ou des couples sans enfant.
Ces observations découlent du fait que la population d'une ville ne se répartit pas au hasard sur son territoire. Les groupes ethniques minoritaires ont souvent tendance à se réunir autour des commerces qui offrent des produits conformes à leurs préférences et dans des milieux où ils peuvent fréquenter des gens partageant leur culture. Les personnes qui connaissent des difficultés financières n'ont accès qu'aux secteurs où les logements sont loués à bas prix à cause, souvent, de leur mauvais état. Les familles recherchent les secteurs où les logements sont suffisamment vastes pour répondre aux besoins d'espace de leurs enfants. C'est ainsi que se forment les quartiers qui définissent leur personnalité autour d'une juxtaposition de caractéristiques socio-économiques, familiales et ethniques.
L'analyse de la distribution spatiale des populations urbaines du Québec vise à déceler la présence de différents quartiers dans les [2] grandes villes québécoises et à découvrir leur identité. Cette analyse, basée sur les statistiques du recensement de 1991, se situe dans une tradition de recherches qui remonte au début du siècle et qui a pris naissance à l'Université de Chicago. Les études d'écologie humaine amorcées par l'École de Chicago et poursuivies dans les villes américaines, européennes et canadiennes permettent de déterminer les critères de répartition spatiale des populations urbaines et de décrire leur disposition sur le territoire. Nous avons réalisé cette étude pour les cinq régions métropolitaines du Québec: Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke et Chicoutimi-Jonquière. Les résultats de cette étude permettent de comparer ces régions entre elles et de décrire, pour chacune d'elles, la distribution spatiale de la population en fonction de ses caractéristiques socio-économiques, ethniques et de cycle de vie. Nous avons effectué cette description pour la région de Montréal en illustrant les données à l'aide de cartes géographiques. Le lecteur intéressé à produire une analyse semblable pour une autre région urbaine québécoise trouvera aux annexes D et E l'ensemble des résultats lui permettant d'établir ses propres cartes géographiques.
Pour refléter les caractéristiques fondamentales qui distinguent spatialement les populations, nous avons construit des indices, c'est-à-dire des mesures synthétiques qui visent à rendre compte, de façon simple, de données multidimensionnelles. Ainsi, nous avons établi un indice de statut socio-économique qui permet de traduire à la fois les dimensions économique et sociale de la pauvreté et de situer l'ensemble des secteurs d'une ville sur un continuum allant de la pauvreté à la richesse. Nous avons aussi construit un indice de cycle de vie familiale qui permet de saisir l'étape que traverse chacun des secteurs dans le processus continu de vieillissement et de rajeunissement de sa population. Enfin, nous avons utilisé trois indicateurs complémentaires de l'identité ethnique des secteurs : le pourcentage d'immigrants, le pourcentage d'allophones et la dominance francophone ou anglophone.
Les résultats de notre étude peuvent servir à diverses fins. En offrant un portrait, saisi sous divers angles, de chacune des régions, ils peuvent simplement satisfaire la curiosité ou les intérêts du résident, du journaliste, de l'homme politique ou de l'administrateur qui désirent mieux comprendre les différents contextes de vie. En procurant aux intervenants d'une région urbaine particulière une carte socio-démographique qui situe les populations dans leur milieu, ces résultats peuvent faciliter une planification et une programmation de services adaptés aux caractéristiques des secteurs. Enfin, notre étude représente une analyse de données écologiques qui s'efforce d'adapter les méthodes à la complexité des réalités observées et qui s'attarde aux perspectives théoriques sous-jacentes. En ce sens, elle constitue une double contribution dans l'univers de la recherche, d'une part en élaborant des méthodes originales de construction d'indices et, d'autre part, en ajoutant à la connaissance des modes de regroupement et de différenciation des personnes et des groupes dans la ville ainsi que du rôle que joue l'espace dans la structuration de la vie sociale.
[1] Cette recherche a été subventionnée par le Conseil québécois de la recherche sociale (CQRS).
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