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Collection « Les sciences sociales contemporaines »
Numéro 38 de la revue CRITÈRE, “De la guerre -I-” (1984)
Luminaire
Une édition électronique réalisée à partir du texte de la revue CRITÈRE, no 38, automne 1984, “De la guerre 1”, 320 pp. Montréal: La Société de publications Critère inc. [Autorisation accordée par Jacques Dufresne le 27 décembre 2022.]
Il est doux aussi d’assister aux grandes luttes de la guerre, de suivre les batailles rangées dans les plaines, sans prendre sa part du danger.
Lucrèce, De Natura Rerum.
Les règles du jeu de la guerre ont changé. Mais le coefficient nucléaire qui annule toute case de refuge possible sur le vidéo de notre réel n’annule pas la question que Lucrèce pose dans la suite du texte de notre épigraphe : « Quand tu vois les légions pleines d’ardeur se déployer dans la plaine et brandir leurs étendards ; (...) est-ce qu’à ce spectacle les craintes religieuses s’enfuient tremblantes de ton esprit, les terreurs de la mort laissent-elles ton cœur libre et en paix ? » Voilà donc notre première question que nous adressons à ceux qui énoncent depuis toujours que si l’on veut la paix il faut préparer la guerre. Où conduit cette idéologie ? Et d’abord d’où vient-elle ? Sur quelle conception de l’être humain se fonde-t-elle ? Et puis surtout, avons-nous encore besoin de cette maxime plus contradictoire que paradoxale ?
Notre négligence à préciser les termes et à prendre des contresens pour des paradoxes de sagesse va nous mener à la catastrophe si nous, intellectuels, n’entreprenons pas immédiatement une révision des arcades proprement langagières et linguistiques du phénomène de la guerre. Car nous avons en notre possession non seulement l’arsenal suffisant pour fracasser la surface de la planète, mais nous sommes déjà enchâssés, enrégimentés à accepter la métaphysique d’une telle éventualité. Les États-Unis d’Amérique et l’Union des républiques socialistes soviétiques ont recommencé leur guerre froide des années cinquante ; mais cette fois-ci, c’est par le ciel que se fera le massacre des populations innocentes. L’expression-fiction « Guerre des Étoiles » est passée en quelques années de notre psychologie du divertissement à notre idéologie politique et diplomatique de l’affrontement. Une blague stupide échappée de [10] la bouche même du président des États-Unis en août dernier montre à elle seule la proximité psychologique de l’éventualité. De l’autre côté du rideau de fer, nous savons que la Nomenklatura soviétique a pour tâche administrative d’envahir le Monde libre. Nous sommes coincés dans un véritable scénario surréaliste. On nous programme à jouer à la fin du monde ; la recette a, paraît-il, des avantages économiques...
Nous ne pouvons donc plus voir la guerre du point de vue de l’observateur global de Lucrèce. Denis de Rougemont fut le premier à exprimer le désarroi de l’intellectuel devant cette nature morte en puissance et ce, dès les années quarante dans ses troublantes Lettres sur la Bombe atomique. Nous pensons que les intellectuels ont pour tâche de participer à cette sensibilisation des masses par la publication de travaux sur la guerre et ses arcanes psycho-linguistiques. De l’enseignement du contresens impliqué dans le concept d’overkilling (un nombre de morts possibles excédant le nombre des vivants) à l’étude du délire caractérisé aussi bien des hommes d’État que des petits caporaux, nous avons le mandat de définir la question en remontant du champ d’action au champ du possible. Nous subirons tous la guerre si personne n’en fait la science.
Claude Gagnon,
pour le Comité de rédaction.
Dernière mise à jour de cette page le dimanche 4 janvier 202615:29
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
Saguenay - Lac-Saint-Jean, Québec
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