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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Numéro 29 de la revue CRITÈRE, “Les jeunes et le travail.” (1980)
Liminaire


Une édition électronique réalisée à partir du texte de la revue CRITÈRE, no 29, automne 1980, “Les jeunes et le travail”, 175 pp. Montréal: La Société de publications Critère inc. [Autorisation accordée par l'auteur le 27 décembre 2022.]

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Revue CRITÈRE, No 29,
Les  jeunes et le travail.”
LIMINAIRE

Liminaire

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En écoutant attentivement certains jeunes s'exprimer avec une franchise étonnante sur les formes particulières que revêt le monde du travail qui les attend, il est à se demander si, pour eux, l’obtention obligatoire d’un diplôme, l’acceptation inévitable de critères socio-économiques reconnus et acceptés par l’ensemble de la société, la poursuite d'objectifs tels que le rendement et la spécialisation des tâches ne renvoient pas aux sens premiers du mot travail : peiner, souffrir. D’ailleurs, les Latins utilisaient le mot tripaliare, « torturer avec une machine faite de trois pieux ».

Une partie de la jeunesse rejette la préparation académique quelle reçoit et refuse de suivre les traces des travailleurs qui l’ont précédée. Pour éviter d’avoir à se soumettre aux « machines à torturer », d’avoir à « peiner », à « souffrir » et à se plier à un mode de vie qui entrerait en contradiction avec leurs valeurs, certains jeunes abandonnent l'école, venant grossir ainsi les statistiques du chômage et modifiant, sans s'en rendre compte, les lois du marché du travail ; d'autres, en se définissant comme marginaux, amènent les psychologues à revoir les valeurs de travail des jeunes et les pédagogues à inventer des formes d’apprentissage plus stimulantes ; un certain nombre s'adonne à la délinquance, à la criminalité précoce, forçant juristes et travailleurs sociaux à modifier les sentences ; enfin, les irréductibles s’évadent dans le voyage ou les aventures de toutes sortes.

Tous ces jeunes constituent aujourd’hui une classe d'âge. Les statuts de ceux qui la composent sont multiples : le travailleur côtoie l’aventurier ; le drop-out, l’étudiant.

Ce rejet du travail tel qu’il se pratique présentement dans notre société n'est pas le reflet d'un négativisme absolu, d’un renoncement au travail comme tel. Cette révolte, bien au contraire, porte en elle les fondements d'un travail signifiant, d’un bonheur et d'une liberté retrouvés.

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Les jeunes ont pris l'initiative. L’expérimentation de nouvelles formes de travail, la pratique de nouveaux modes de vie témoignent d'une recherche inspirée par de nouvelles attentes. La solution ne réside pas tellement dans des transformations au niveau des modalités du travail que dans l’amorce d’un projet de société. Dans cette perspective, le travail se veut partie intégrante d’un tout indissociable et valorisant. On n’a qu'à penser au travail alternatif, au travail cyclique, au travail indépendant. L’individu est au centre de cet univers ; le travail n'est plus une charge, mais un complément. Il s’agit, comme on peut le constater, d’instaurer un nouveau style de vie.

Noblesse ou servitude du travail ? Telle est, en définitive, la question que posent les jeunes face à leur avenir ?

Le Comité de Direction



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 14 novembre 2025 8:19
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 



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