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Liminaire
1926, la " TRAGÉDIE " du Lac Saint-Jean,
100 ans après, c'est quoi la suite ?

L'affaire a fait grand bruit pendant plusieurs années non pas seulement au SaguenayLac-Saint-Jean mais également dans la presse nationale et aussi à l'Assemblée nationale.
Ce n'était pas un événement banal. À des fins de développement industriel, une compagnie, la Quebec Development, appuyée par le Premier ministre du Québec, Louis-Alexandre Taschereau, venait d'ériger un barrage hydroélectrique à Isle-Maligne, sur le Saguenay, ce qui n'était pas mauvais en soit. Cette compagnie appartenait au tandem James-Buchanan Duke, industriel étatsunien qui avait fait fortune dans le tabac et William Price, marchand de bois et manufacturier (scierie et pâtes et papier) bien connu dans la région du SaguenayLac-Saint-Jean et le long du fleuve, pour avoir mis la main sur un nombre impressionnant de scieries, dont celles de Batiscan, Saint-Vallier, La Malbaie, Rivière-Noire, Anse à l'Eau, Moulin à Baude, Bic, Rimouski et Métis-sur-Mer. Deux vrais hommes d'affaires !
Mais il y avait une grosse épine dans ce projet. Le gouvernement du Québec avait permis à cette compagnie de relever de façon permanente le niveau d'eau du lac Saint-Jean de 17.5 pieds. Conséquence : des milliers d'acres de terres appartenant à des centaines de cultivateurs ont été inondées ou devenues inutilisables. On peut croire que plus de 20 000 acres ont été affectées de façon permanente si on tient compte des terres inondées, de celles altérées par l'infiltration des eaux, des terres devenues non accessibles, etc. « C'est sans droit que la Compagnie a pris les terres des cultivateurs » plaidaient le Comité formé de 311 cultivateurs parmi les quelque 800 riverains lésés. Une commission fut créée par le député Honoré Mercier, désignée "Commission du lac Saint-Jean", et qui était chargée de :
1° déterminer l'indemnité à laquelle ont droit les propriétaires des terrains inondés dans les cas où la compagnie n'a pas déjà acquis le droit de les inonder:
2° déterminer l'indemnité à laquelle a droit le gouvernement de la province par suite des dommages causés comme susdit aux améliorations, constructions et chemins lui appartenant ;
3° déterminer, conformément aux dispositions ci-après, l'indemnité à laquelle ont droit les personnes qui ont sur et dans les terrains inondés comme susdit des droits de servitude, d'usufruit, d'usage ou d'habitation dans les cas où la compagnie n'a pas déjà acquis le droit de les inonder ;
4° rendre toutes décisions qui seront requises et nécessaires pour la mise à effet de la présente loi.
Quelles ont été les indemnités décrétées par cette commission ou accordées par la Compagnie ? On rapporte dans les documents que je vous transmets que les cultivateurs ou entreprises affectés par cette inondation et qui en ont fait la demande ont reçu, au [3] total, environ 110 000 $, soit environ la valeur des récoltes perdues pour l'année 1926. Voici le montant que le Comité réclamait en utilisant une estimation inférieure de quelque 50% à la valeur évaluée par des personnes compétentes en la matière :
« C'est donc, au bas mot, et en nous basant sur des chiffres bien en deçà de la réalité, un capital-terre de 10,000,000 $ et une valeur de 2,000,000 $ en bois que la région perd du fait de l'inondation. »... « Voilà donc au bas mot un fond inépuisable d'une valeur de 10 millions de dollars qui est sacrifié. »
Ce que je vous transmets est un recueil de certains documents représentatifs de ce qui s'est passé en 1926 et des conséquences qu'ont subies des centaines de cultivateurs du Lac Saint-Jean affectés par le rehaussement du niveau du lac pour satisfaire les besoins en énergie de la « Quebec Development ».
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